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Musicien jouant du oud en exterieur, chevillier coude vers l arriere

Instruments du monde

Oud : le luth arabe, ancêtre probable du luth européen

Le chevillier coude vers larriere et la caisse piriforme profonde permettent de reconnaitre un oud au premier regard.

L’oud est un luth à cordes pincées, au corps piriforme et au manche court dépourvu de frettes, joué dans tout le monde arabe, en Turquie, en Grèce, en Iran et dans une large partie du Proche-Orient. Instrument roi de la musique savante arabe, il occupe dans cette tradition une place comparable à celle du piano en Occident : on compose au oud, on l’enseigne dans les conservatoires, et on le considère depuis des siècles comme la voix la plus expressive des modes musicaux appelés maqam. De nombreux linguistes et musicologues le tiennent en outre pour l’ancêtre probable du luth européen, un lien que l’étymologie même du mot « luth » semble confirmer.

L’essentiel

  • Famille : cordophone à cordes pincées, luth au manche court entièrement dépourvu de frettes.
  • Matériau : caisse en fines lames de bois cintrées (noyer, palissandre, érable), table d’harmonie en épicéa ou en cèdre percée de rosaces.
  • Origine : Proche-Orient et monde arabo-musulman, héritier probable du barbat persan, répandu depuis plus d’un millénaire.
  • Fait distinctif : le mot français « luth » viendrait de l’arabe « al-’ud », via l’espagnol « laúd », ce qui fait du oud l’ancêtre supposé du luth européen puis, plus indirectement, de la guitare.

Qu’est-ce qu’un oud

Le oud appartient à la famille des cordophones à manche, comme la guitare ou le violon, mais s’en distingue par deux traits immédiatement reconnaissables : sa caisse de résonance bombée en forme de demi-poire, beaucoup plus profonde que celle d’une guitare, et l’absence totale de frettes sur son manche très court. Cette absence de frettes n’est pas un détail technique mineur : elle permet au musicien de glisser en continu d’une hauteur à l’autre, un geste indispensable pour jouer les inflexions microtonales des maqamat, les modes de la musique arabe et turque, dont certains intervalles n’existent tout simplement pas sur un clavier tempéré.

L’instrument compte le plus souvent onze à treize cordes, organisées en cinq ou six chœurs de deux cordes à l’unisson, auxquels s’ajoute parfois une corde grave isolée. Elles sont pincées avec un plectre souple, taillé traditionnellement dans une plume d’aigle et aujourd’hui le plus souvent dans une fine lamelle de corne ou de plastique, que l’on appelle risha en arabe ou mizrap en turc. Le chevillier, à l’extrémité du manche, forme un angle net vers l’arrière par rapport au manche : c’est cette cassure caractéristique, associée à la caisse piriforme, qui permet de reconnaître un oud au premier coup d’œil, y compris sur une photo où l’instrument n’est vu que de profil.

Il existe des différences sensibles entre les grandes traditions qui utilisent le oud. Le oud dit « arabe » a en général une caisse plus large et plus profonde, un accordage plus grave et un timbre chaud et sombre, tandis que le oud dit « turc » est le plus souvent un peu plus petit, monté avec des cordes plus tendues et accordé plus haut, ce qui lui donne un son plus clair et plus tranchant, adapté au répertoire de la musique classique ottomane. Ces variantes régionales se retrouvent aussi en Grèce, où l’instrument est appelé outi, et en Arménie ou en Azerbaïdjan, preuve que le oud a largement débordé le seul monde arabophone pour devenir un instrument commun à toute une région du monde.

Comment un oud est fabriqué

La fabrication d’un oud commence par sa caisse de résonance, la partie la plus caractéristique et la plus délicate de l’instrument. Le luthier assemble entre quinze et vingt-cinq fines lames de bois cintrées à la vapeur ou à la chaleur, appelées douelles, qu’il colle bord à bord pour former le bombé profond de la caisse. Le noyer, le palissandre, l’érable ou le padouk comptent parmi les essences les plus utilisées pour ces douelles, souvent choisies et alternées pour leur couleur autant que pour leurs qualités acoustiques, ce qui donne à certains ouds ces motifs de bandes claires et sombres du plus bel effet.

Sur cette caisse vient se fixer la table d’harmonie, une plaque fine et légèrement bombée taillée le plus souvent dans de l’épicéa ou du cèdre, deux bois résineux appréciés pour leur légèreté et leur capacité à vibrer efficacement sous la pression des cordes. La table est percée d’une à trois ouvertures, les rosaces, dont le dessin ajouré en bois sculpté ou en parchemin découpé joue à la fois un rôle acoustique, en laissant s’échapper le son de la caisse, et un rôle esthétique, la rosace centrale étant souvent la pièce la plus ouvragée de l’instrument.

Pièces détachées d'un oud en cours de fabrication dans un atelier de lutherie, caisse et manches accrochés au mur
Manches, chevilliers et caisses en attente d’assemblage dans un atelier de lutherie spécialisé dans le oud. Photo Pexels, usage libre.

Le manche, très court comparé à celui d’une guitare, est taillé dans un bois dur, souvent le même que celui des douelles, et ne reçoit aucune frette. Il se termine par le chevillier coudé vers l’arrière, percé de part en part pour recevoir des chevilles en bois que l’on tourne à la main pour accorder l’instrument, contrairement aux mécaniques métalliques d’une guitare. Ce système de chevilles frottées, hérité directement des instruments anciens, exige un ajustement précis : trop serrées, elles deviennent impossibles à tourner, trop lâches, elles glissent et l’instrument se désaccorde en cours de jeu.

La finition d’un oud de qualité, du choix des bois jusqu’au montage des cordes en passant par la découpe des rosaces et parfois des incrustations de nacre ou d’os sur la caisse et le chevillier, demande plusieurs semaines de travail à un luthier expérimenté. Cette exigence explique pourquoi les instruments d’atelier artisanal, fabriqués en Égypte, en Syrie, en Irak ou en Turquie par des familles de luthiers parfois actives depuis plusieurs générations, restent très recherchés par les musiciens professionnels, bien au-delà des modèles d’entrée de gamme produits en série.

Origine et lien probable avec le luth européen

L’histoire du oud plonge dans celle du barbat, un luth à caisse bombée apparu en Perse antique et déjà attesté vers le septième siècle de notre ère. Lorsque les musiciens arabes s’approprient cet instrument après les conquêtes du septième siècle, ils le renomment al-’ud, littéralement « le bois » en arabe, sans doute par contraste avec les instruments à caisse recouverte de peau tendue qui circulaient alors dans la région. Ce nouvel instrument devient rapidement la pièce maîtresse de la musique savante du monde arabo-musulman, un statut qu’il n’a jamais vraiment perdu depuis.

Une figure domine cette histoire ancienne : Ziryab, chanteur, joueur de oud et pédagogue né vers 789, formé à Bagdad avant de rejoindre la cour omeyyade de Cordoue en 822. Selon la tradition rapportée par de nombreux musicologues, il aurait ajouté au oud une cinquième corde grave pour en élargir le registre et remplacé le plectre de bois par une plume d’aigle, plus souple. Il aurait surtout fondé à Cordoue l’une des toutes premières écoles de musique structurées d’Europe, où le oud occupait une place centrale dans l’enseignement. C’est par cette Espagne musulmane, appelée al-Andalus, que l’instrument gagne peu à peu le reste du continent européen à partir du douzième et du treizième siècle.

C’est précisément dans ce contexte de contact entre mondes arabe et européen que se forge, selon l’hypothèse la plus largement admise par les linguistes, le mot français « luth ». Il aurait été emprunté au treizième siècle à l’espagnol « laúd », lui-même dérivé de l’arabe « al-’ud » : le article arabe « al » se serait soudé au mot suivant dans la bouche des locuteurs européens, donnant naissance à des formes comme « laúd », « liuto » en italien, « laute » en allemand ou « luth » en français. Le lien entre les deux mots n’est donc pas seulement sonore : plusieurs dictionnaires étymologiques de référence, dont ceux de l’Académie française et le Littré, confirment cette filiation directe. C’est en ce sens que l’on peut dire, avec la prudence qui s’impose sur une histoire aussi ancienne, que le oud est l’ancêtre probable du luth européen de la Renaissance, et donc, plus indirectement encore, un lointain parent de la guitare moderne qui lui a succédé sur les scènes occidentales.

La différence majeure entre les deux instruments cousins tient à une évolution ultérieure propre à l’Europe : le luth occidental a peu à peu reçu des frettes en boyau nouées autour du manche, ce que le oud n’a jamais adopté. Cette fidélité au manche nu explique pourquoi le oud a conservé sa capacité unique à glisser entre les notes, là où le luth européen puis la guitare se sont orientés vers une musique fondée sur des hauteurs fixes.

Grands interprètes du oud

Peu de musiciens ont autant marqué l’histoire du oud au vingtième siècle que Munir Bashir. Né en 1930 à Mossoul, en Irak, dans une famille assyrienne où le oud se transmettait de père en fils, il apprend l’instrument dès l’âge de cinq ans aux côtés de son père Abd al-Aziz et de son frère aîné Jamil, lui-même virtuose reconnu. Munir Bashir donne son premier récital en soliste à Istanbul en 1953, avant de s’installer en Europe, où il obtient en 1965 un doctorat de musicologie à l’Académie Franz-Liszt de Budapest sous la direction du compositeur Zoltán Kodály. Considéré par ses pairs comme l’un des plus grands maîtres du système modal arabe, il a contribué comme peu d’autres à faire reconnaître le oud comme instrument de concert soliste à part entière, sur les scènes occidentales autant que dans le monde arabe, jusqu’à sa mort en 1997.

Dans un tout autre registre, Farid al-Atrash, né dans la principauté druze du djebel al-Arab, dans le sud de la Syrie actuelle, avant d’émigrer enfant en Égypte, a fait du oud l’un des instruments les plus populaires du vingtième siècle grâce au cinéma. Surnommé « le roi du oud » dans le monde arabe, il tourne dans une trentaine de films égyptiens et enregistre plusieurs centaines de chansons jusqu’à sa mort en 1974, imposant l’image d’un virtuose romantique bien au-delà des cercles de spécialistes.

Musicien jouant du oud en extérieur, instrument tenu contre la poitrine, chevillier coudé visible
Le chevillier coudé vers l’arrière et la caisse piriforme profonde permettent de reconnaître un oud au premier regard. Photo Pexels, usage libre.

Plus près de nous, le Tunisien Anouar Brahem, né en 1957 à Tunis et formé dès l’âge de dix ans au Conservatoire national de sa ville puis auprès du maître Ali Sriti, a ouvert le oud à des répertoires inattendus. Enregistrant depuis 1991 pour le label allemand ECM, il marie la musique arabe classique aux musiques improvisées et au jazz, prouvant qu’un instrument aussi ancien pouvait encore trouver de nouveaux territoires sonores sans rien renier de sa tradition d’origine.

Où voir et entendre un oud en France

Le Musée de la musique, au sein de la Philharmonie de Paris, conserve dans ses collections plusieurs luths orientaux référencés comme « oud » aux côtés d’autres instruments du monde arabe et méditerranéen, dans le cadre de son vaste panorama des cultures musicales du monde. Notre panorama des familles d’instruments replace le oud parmi les autres cordophones à cordes pincées du site, tandis que notre sélection de lieux à visiter en France recense les collections où l’on peut approcher physiquement ce type d’instrument.

En dehors des salles de musée, le oud se laisse surtout entendre en concert, dans les nombreuses soirées de musique du monde ou de musiques arabo-andalouses organisées par les centres culturels arabes, les conservatoires municipaux et certaines salles spécialisées des grandes villes françaises. Certaines expositions itinérantes d’instruments du monde intègrent également le oud à leur parcours, l’occasion d’observer de près la profondeur de sa caisse et la finesse de ses rosaces, des détails qui échappent souvent à l’œil depuis les gradins d’une salle de concert.

Pour se faire une idée des prix et des modèles disponibles, voir les ouds disponibles sur Amazon. Les modèles d’initiation vendus en ligne permettent de s’essayer à l’instrument à moindre coût, mais un oud artisanal monté par un luthier spécialisé du Proche-Orient reste, comme pour beaucoup d’instruments de cette tradition, dans une tout autre catégorie de sonorité et de prix.

Qu’est-ce qu’un oud ?

Le oud est un luth à cordes pincées originaire du monde arabe et du Proche-Orient, reconnaissable à sa caisse de résonance piriforme très bombée, à son manche court dépourvu de frettes et à son chevillier coudé vers l’arrière. Il compte le plus souvent onze à treize cordes réparties en cinq ou six chœurs.

Le oud est-il vraiment l’ancêtre du luth européen ?

C’est l’hypothèse la plus largement admise par les linguistes et les musicologues : le mot français « luth » viendrait de l’arabe « al-’ud » via l’espagnol « laúd », et l’instrument aurait gagné l’Europe par l’Espagne musulmane à partir du douzième siècle. Le luth européen a toutefois évolué différemment par la suite, notamment en adoptant des frettes que le oud n’a jamais eues.

Pourquoi le oud n’a-t-il pas de frettes ?

L’absence de frettes permet de glisser en continu d’une note à l’autre, un geste indispensable pour jouer les inflexions microtonales des maqamat, les modes de la musique arabe et turque, dont certains intervalles n’existent pas sur un instrument à frettes fixes comme la guitare.

Qui est Munir Bashir ?

Munir Bashir (1930-1997) est un joueur de oud irakien originaire de Mossoul, considéré comme l’un des plus grands virtuoses du vingtième siècle dans cette tradition. Formé dès l’enfance par son père et son frère, il a contribué à imposer le oud comme instrument de concert soliste à part entière, en Europe comme dans le monde arabe.

Quelle différence entre un oud arabe et un oud turc ?

Le oud arabe a en général une caisse plus large et un accordage plus grave, pour un timbre chaud et sombre. Le oud turc est le plus souvent un peu plus petit, monté plus tendu et accordé plus haut, ce qui lui donne un son plus clair, adapté au répertoire de la musique classique ottomane.

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