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Joueur de berimbau tenant la verga et la cabaça devant une architecture en pierre lors d une roda de capoeira

Instruments du monde

Berimbau : l’arc musical qui dirige la capoeira

Photo Pexels, usage libre.

Le berimbau est un arc musical à corde unique, formé d’une longue tige de bois courbée, d’un fil d’acier tendu et d’une calebasse qui sert de caisse de résonance. Popularisé dans le monde entier par la capoeira, l’art martial afro-brésilien dont il dirige la musique et le rythme, il descend d’une famille d’arcs musicaux d’Afrique australe apportée au Brésil pendant la période coloniale. Un seul musicien peut, avec cette corde unique, un bâtonnet et un galet, faire varier le tempo, la hauteur et l’ambiance d’une roda entière : peu d’instruments au monde concentrent autant de fonctions dans un objet d’apparence aussi simple.

L’essentiel

  • Famille : arc musical à corde unique (cordophone), joué en le frappant avec un bâtonnet plutôt qu’en le pinçant ou en l’archettant.
  • Origine : arcs musicaux d’Afrique australe (Angola), introduits au Brésil pendant la traite négrière puis développés dans les communautés afro-brésiliennes de Bahia.
  • Trois tailles : gunga (grave, le plus grand), médio (intermédiaire) et viola (aigu, le plus petit), qui jouent ensemble dans une roda de capoeira Angola.
  • Lien capoeira : le berimbau dirige la roda, il fixe le tempo, le style de jeu (toque) et l’autorité du musicien qui le tient sur le déroulement de la partie.

Qu’est-ce qu’un berimbau

Le berimbau appartient à la famille des arcs musicaux, l’une des plus anciennes formes d’instruments à corde connues : une simple tige flexible que l’on courbe pour tendre une corde d’un bout à l’autre, comme un arc de chasse dont on aurait détourné l’usage pour produire du son. Sur le plan de la classification des instruments, il s’agit donc bien d’un cordophone, au même titre qu’une guitare ou qu’une kora, même si sa façon d’être joué, frappé avec un petit bâtonnet plutôt que pincé ou frotté, lui donne une allure percussive trompeuse.

L’instrument se compose de trois éléments principaux. La verga (ou arco), une longue tige de bois flexible mesurant le plus souvent entre 1,50 et 2 mètres, forme l’arc proprement dit. L’arame, un fil d’acier tendu d’une extrémité à l’autre de la verga, fait office de corde unique : traditionnellement, ce fil provenait de la ceinture métallique récupérée à l’intérieur d’un pneu de voiture usagé, un détail qui dit beaucoup du caractère artisanal et populaire de l’instrument. Enfin, la cabaça, une calebasse évidée percée d’une large ouverture, est attachée près de l’extrémité basse de la verga par une boucle de corde appelée aro ou anel : posée contre le ventre du musicien, elle amplifie et colore le son de la corde comme le ferait la caisse d’une guitare.

Trois tailles de berimbau sont reconnues, qui se distinguent surtout par le volume de leur calebasse plus que par la longueur de leur verga : le gunga, le plus grand et le plus grave, le médio (ou centro), de hauteur intermédiaire, et la viola (parfois appelée violinha), la plus petite et la plus aiguë. Réunis, les trois instruments forment la base rythmique et mélodique d’une roda de capoeira Angola, chacun tenant un rôle précis dans l’ensemble, un peu à la manière d’une basse, d’un instrument d’accompagnement et d’un soliste.

Comment un berimbau est fabriqué

La fabrication d’un berimbau commence par le choix du bois de la verga. Le bois traditionnellement le plus recherché est le biriba (Eschweilera ovata), un arbre originaire de la forêt atlantique brésilienne, apprécié pour la combinaison rare de souplesse et de résistance de son bois : une branche doit pousser plusieurs années avant d’atteindre le diamètre et la maturité nécessaires pour donner une verga de qualité. Cette demande a d’ailleurs fini par créer une tension bien documentée entre la préservation du patrimoine culturel que représente le berimbau et la protection de cette essence dans son milieu naturel, de plus en plus prélevée pour répondre à la demande commerciale. Faute de biriba, d’autres bois plus courants, voire du bambou, sont parfois utilisés pour les instruments d’entrée de gamme.

Une fois la verga taillée et courbée, le facteur y fixe l’arame à chaque extrémité, en le tendant suffisamment pour obtenir une note fondamentale stable. La cabaça est ensuite attachée un peu au-dessus de l’extrémité basse par la boucle de corde qui lui permet de rester en contact avec le ventre du musicien sans être solidaire de la corde elle-même, ce qui laisse cette dernière libre de vibrer.

Gros plan sur des mains tenant la verga et la cabaça d'un berimbau avec la baqueta
La verga en bois flexible, la calebasse résonante (cabaça) et le bâtonnet (baqueta) : les éléments qui composent un berimbau se reconnaissent d’un coup d’œil. Photo Pexels, usage libre.

Trois accessoires complètent l’instrument et sont indispensables pour en jouer. La baqueta (ou vaqueta), un fin bâtonnet de bois, sert à frapper l’arame pour produire le son. Le caxixi, un petit hochet tressé rempli de graines, se tient dans la même main que la baqueta et vient ponctuer chaque frappe d’un bruissement caractéristique. Enfin, le dobrão (parfois remplacé par une simple pierre, la pedra), un disque de métal ou de pierre tenu entre le pouce et l’index de la main qui soutient l’instrument, permet de presser l’arame à différents endroits pour faire varier la hauteur de la note : c’est ce geste, combiné aux frappes de la baqueta, qui donne au berimbau ses trois ou quatre sons de base à partir d’une seule corde.

Une origine probable en Afrique australe

L’histoire du berimbau avant son arrivée au Brésil reste, par nature, difficile à retracer avec certitude : les instruments de tradition orale voyagent avec les gens, pas avec des documents, et les chercheurs qui s’y sont intéressés ne s’accordent pas tous sur les mêmes filiations exactes. Ce qui fait consensus, c’est l’origine africaine de l’instrument : le mot « berimbau » lui-même viendrait du kimbundu mbirimbau, une langue bantoue parlée en Angola, et la famille des arcs musicaux à calebasse résonante est largement répandue en Afrique australe et centrale bien avant toute présence de cet instrument au Brésil.

Les recherches en ethnomusicologie pointent vers deux arcs musicaux angolais comme parents probables du berimbau : le hungu et le mbulumbumba, tous deux originaires du sud-ouest de l’Angola. Les avis divergent toutefois sur le degré exact de cette parenté. Le musicologue Gerhard Kubik, qui a beaucoup travaillé sur cette question, estime que le berimbau et le mbulumbumba sont pratiquement identiques dans leur construction, leur technique de jeu et leur accordage, tandis que d’autres chercheurs défendent plutôt un lien direct avec le hungu et mettent en doute la filiation avec le mbulumbumba. Faute de sources écrites suffisantes pour trancher, la formule la plus honnête reste de parler d’un arc musical originaire d’Afrique australe, très vraisemblablement lié à ces deux instruments angolais, sans prétendre à une généalogie unique et définitivement établie.

La transmission de l’instrument au Brésil s’est faite par la traite négrière transatlantique, qui a déporté plusieurs millions de personnes d’Afrique centrale et australe, dont l’actuel territoire angolais, vers les plantations et les villes du Brésil colonial entre le XVIe et le XIXe siècle. Il est peu probable que des arcs musicaux aient été transportés tels quels sur les navires négriers : les historiens penchent plutôt pour une reconstitution de mémoire, l’instrument ayant été refabriqué sur place, avec les matériaux disponibles au Brésil, par des personnes qui en connaissaient le principe avant leur déportation. C’est dans les communautés afro-brésiliennes de Bahia, et en particulier à Salvador, que le berimbau s’est ensuite développé et affiné au fil des générations, jusqu’à devenir indissociable de la capoeira telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Le lien indissociable avec la capoeira

Si le berimbau est connu bien au-delà du cercle des musiciens spécialisés, c’est presque exclusivement grâce à la capoeira, cet art martial afro-brésilien qui mêle combat, danse, acrobatie et musique au sein d’un cercle appelé roda. Dans cette roda, le berimbau n’est pas un simple accompagnement : c’est lui qui dirige tout. Le musicien qui le tient, souvent le mestre ou le pratiquant le plus gradé présent, décide du tempo, désigne les deux joueurs qui entrent dans le cercle, peut interrompre une partie qui devient trop violente et met fin à la roda quand il le juge bon.

Ce pouvoir passe par le toque, le motif rythmique que joue le berimbau et qui impose son style à toute la partie. Un toque lent et cérémonieux, comme celui associé à la capoeira Angola, invite à un jeu proche du sol, ras des pierres, fait de ruse et de lenteur feinte. Un toque plus rapide, comme le São Bento Grande associé à la capoeira Regional, appelle au contraire des échanges plus debout, plus acrobatiques et plus rythmés. Changer de toque en cours de roda, c’est changer les règles tacites du jeu qui se joue au centre du cercle.

Cette distinction entre deux grandes écoles, la capoeira Angola et la capoeira Regional, structure encore aujourd’hui la pratique de l’art martial. La première doit beaucoup à Vicente Ferreira Pastinha (1889-1981), dit Mestre Pastinha, qui a codifié et transmis un style volontairement proche des traditions les plus anciennes depuis son école de Salvador. La seconde vient de Manoel dos Reis Machado, dit Mestre Bimba, qui a réformé la pratique dans les années 1930 pour en faire un art plus rapide et plus offensif, présenté en 1953 devant le président brésilien de l’époque, Getúlio Vargas. Dans les deux traditions, le berimbau garde ce même rôle de chef d’orchestre.

Quand trois berimbaus jouent ensemble, comme c’est l’usage en capoeira Angola, chaque taille tient sa partie : le gunga pose une ligne de basse simple et répétitive, sur laquelle le joueur le plus expérimenté du groupe a le moins de marge d’improvisation mais porte l’essentiel de la responsabilité rythmique ; le médio construit autour de cette base une variation plus élaborée ; la viola, enfin, improvise librement par-dessus les deux autres. Cette hiérarchie sonore reproduit, en musique, la hiérarchie de rôles que l’on retrouve partout ailleurs dans la roda.

Joueurs de berimbau et d'atabaque autour d'une roda de capoeira en plein air
Dans une roda de capoeira, les berimbaus dirigent la musique et donnent le tempo auquel se règle le jeu des deux capoeiristas au centre du cercle. Photo Pexels, usage libre.

Cette place centrale a été reconnue au niveau international : en novembre 2014, l’UNESCO a inscrit la roda de capoeira sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, saluant à la fois sa dimension de transmission par l’observation et l’imitation, et sa portée symbolique comme mémoire de résistance à l’oppression historique héritée de l’esclavage. Le berimbau, sans lequel aucune roda ne peut réellement commencer, est au cœur de cette reconnaissance.

Cette vidéo, publiée par le Museu da Capoeira, revient sur l’histoire de la capoeira à travers le parcours de Mestre Camisa et de son groupe ABADÁ-Capoeira, fondé en 1988 : elle donne une bonne idée de la façon dont le berimbau continue, aujourd’hui encore, à porter la mémoire et la transmission de cet art martial et musical.

Où voir et entendre un berimbau en France

La capoeira s’est largement diffusée en France depuis plusieurs décennies, portée par de nombreuses associations qui organisent cours réguliers, stages et rodas ouvertes au public. À Paris, des groupes comme Bahia Capoeira Paris, Jogaki Capoeira ou l’association Canto de Capoeira, fondée en 1999, proposent des cours d’initiation où débutants et curieux peuvent voir de près un berimbau, souvent aux côtés du pandeiro (tambourin) et de l’atabaque (tambour), les deux autres instruments piliers de la musique de capoeira. Des rodas publiques, organisées à l’occasion de festivals ou d’événements associatifs, restent la meilleure occasion d’entendre l’instrument dans son contexte réel plutôt que sur un enregistrement.

Le Festival Emergence Capoeira, organisé chaque année par l’association Capoeira Viola Paris, rassemble sur plusieurs jours des écoles venues d’horizons différents pour des échanges, des ateliers et des rodas communes, l’occasion d’entendre plusieurs berimbaus jouer ensemble dans les règles de l’art. De nombreuses autres villes françaises comptent leurs propres écoles de capoeira, qui organisent régulièrement des portes ouvertes ou des démonstrations dans l’espace public, en particulier à l’occasion de fêtes de quartier ou d’événements consacrés aux cultures lusophones.

Notre panorama des familles d’instruments replace le berimbau aux côtés des autres cordophones du monde, dont il partage le principe sonore malgré une facture et un usage bien particuliers. Notre panorama des lieux à visiter recense par ailleurs les collections françaises où l’on peut découvrir l’histoire des instruments du monde, un bon complément pour resituer le berimbau dans la grande famille des arcs musicaux dont il est aujourd’hui le représentant le plus connu. Certaines expositions itinérantes d’instruments du monde présentent également des berimbaus aux côtés d’autres arcs musicaux africains, une façon utile de visualiser directement la parenté entre ces instruments.

Pour se faire une idée des prix et des modèles disponibles, voir les berimbaus disponibles sur Amazon. Un berimbau d’entrée de gamme permet de découvrir l’instrument et de s’initier aux gestes de base, mais un instrument fabriqué avec du vrai bois de biriba et une calebasse bien choisie, comme ceux que l’on trouve chez les artisans spécialisés en capoeira, offre presque toujours une meilleure tenue de l’accordage et un son plus riche.

Qu’est-ce qu’un berimbau ?

Le berimbau est un arc musical à une seule corde, composé d’une tige de bois flexible (la verga), d’un fil d’acier tendu (l’arame) et d’une calebasse résonante (la cabaça). Il se joue en frappant la corde avec un bâtonnet tout en tenant un hochet et en pressant la corde avec une pièce ou une pierre pour varier la hauteur du son.

D’où vient le berimbau ?

Le berimbau descend d’une famille d’arcs musicaux originaires d’Afrique australe, notamment d’Angola, où des instruments comme le hungu et le mbulumbumba présentent une construction et une technique de jeu très proches. Il a été transmis au Brésil pendant la traite négrière, puis reconstitué et développé dans les communautés afro-brésiliennes de Bahia. Les chercheurs ne s’accordent pas sur le degré exact de parenté avec chacun de ces deux instruments angolais.

Quelle est la différence entre le gunga, le médio et la viola ?

Ce sont les trois tailles de berimbau utilisées ensemble en capoeira Angola. Le gunga, le plus grand, produit le son le plus grave et pose la ligne de basse du morceau. Le médio, de taille intermédiaire, joue une variation autour de cette base. La viola, la plus petite et la plus aiguë, improvise librement par-dessus les deux autres instruments.

Pourquoi le berimbau est-il si important dans la capoeira ?

Le berimbau dirige la roda de capoeira : il fixe le tempo, impose par son toque (motif rythmique) le style de jeu attendu, désigne les joueurs qui entrent dans le cercle et peut mettre fin à une partie. Le musicien qui le tient est généralement le membre le plus gradé du groupe présent. En 2014, l’UNESCO a inscrit la roda de capoeira, dont le berimbau est l’instrument central, sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Où voir ou essayer un berimbau en France ?

De nombreuses associations de capoeira, notamment à Paris (Bahia Capoeira Paris, Jogaki Capoeira, Canto de Capoeira) et dans d’autres grandes villes, proposent des cours d’initiation et organisent des rodas publiques où l’on peut voir et entendre un berimbau. Des festivals comme le Festival Emergence Capoeira Viola Paris rassemblent chaque année plusieurs écoles pour des rodas communes.

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