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Duduk arménien en bois d'abricotier, gros plan sur la perce et les huit trous de jeu

Instruments du monde

Duduk : l’instrument arménien à l’anche qui chante

Duduk arménien fabriqué par l'atelier Matévosyan Karlen Smpati (MKS), anche fabriquée par Félix Vartoumyan. Photo Wikimedia Commons, auteur Hrair Hratchian, licence CC BY-SA 4.0.

Le duduk est un instrument à vent arménien, taillé dans du bois d’abricotier et joué avec une large anche double. Son timbre grave, chaud et légèrement nasal, souvent comparé à une voix humaine qui chanterait sans mots, en fait l’un des sons les plus reconnaissables de la musique traditionnelle du Caucase. Porté en Occident par le musicien Djivan Gasparyan et repris dans plusieurs bandes originales de films, il reste avant tout l’instrument central des mariages, des funérailles et des veillées arméniennes, où il continue d’accompagner la vie de tous les jours.

L’essentiel

  • Famille : aérophone à anche double, cousin du hautbois mais à perce cylindrique (et non conique)
  • Matériau : bois d’abricotier pour le corps, anche en roseau (appelée ghamish ou yegheg) poussant sur les rives de l’Aras
  • Origine : Arménie ; une tradition orale fait remonter l’instrument à l’époque du roi Tigrane le Grand (95-55 av. J.-C.), même si les preuves archéologiques précises manquent pour cette date
  • Reconnaissance internationale : proclamé par l’UNESCO en 2005 puis inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité

Qu’est-ce que le duduk ?

Le duduk appartient à la famille des aérophones à anche double, comme le hautbois ou le basson européens. Le principe est le même : deux languettes de roseau, liées et aplaties en biseau, vibrent l’une contre l’autre quand le musicien souffle dedans. Mais le duduk s’en distingue par un détail technique qui change tout à l’oreille : sa perce, c’est-à-dire le conduit intérieur du tuyau, est cylindrique et non conique comme celle du hautbois occidental. Cette perce cylindrique favorise les harmoniques impairs et donne au duduk son timbre rond, doux et légèrement nasal, quand la perce conique du hautbois projette au contraire un son plus clair et plus perçant, riche en fréquences aiguës.

Le corps du duduk mesure le plus souvent entre 28 et 40 centimètres, percé de huit trous de jeu sur le dessus et d’un trou de pouce dessous, sans clé ni mécanisme métallique. C’est un instrument entièrement acoustique et artisanal, de bout en bout. Sa tessiture est réduite, généralement un peu plus d’une octave, ce qui explique pourquoi le duduk est traditionnellement joué en duo ou en petit ensemble : un premier musicien tient la mélodie pendant qu’un ou plusieurs autres tiennent un bourdon continu, une note tenue en arrière-plan qui enveloppe la mélodie et crée cette atmosphère méditative si particulière. Ce jeu à deux voix, mélodie et bourdon, est presque aussi identifiable que le timbre de l’instrument lui-même.

L’anche, elément décisif du son, est une pièce à part entière : large, aplatie, elle est taillée dans un roseau spécifique qui pousse sur les rives de l’Aras, le grand fleuve qui traverse l’Arménie. Les musiciens la nomment ghamish ou yeghegn selon les régions. Contrairement à l’anche fine du hautbois, celle du duduk est si large qu’elle occupe une bonne partie de la bouche du musicien, qui doit apprendre à la faire vibrer avec une pression d’air très maîtrisée : c’est l’un des points les plus difficiles de l’apprentissage de l’instrument, bien avant le doigté lui-même.

Le duduk n’est pas non plus un instrument isolé. Il appartient à toute une famille régionale d’aérophones à anche double très proches, qui partagent le même principe mais portent des noms différents selon les pays : le balaban en Azerbaïdjan et en Iran, le mey en Turquie, ou encore le duduki en Géorgie. Ces instruments cousins se distinguent surtout par la taille du corps, l’essence de bois utilisée et de légères différences d’accord, mais on les confond parfois faute d’oreille exercée. Le duduk arménien, lui, se reconnaît à son bois d’abricotier et à un timbre que beaucoup de musiciens et d’auditeurs qualifient de plus « voilé », plus doux que celui, souvent plus puissant, du mey turc.

Comment fabrique-t-on un duduk ?

La fabrication d’un duduk reste, encore aujourd’hui, un savoir-faire artisanal transmis de maître à apprenti. Le bois utilisé est presque toujours celui de l’abricotier (tsiran en arménien), un arbre pourtant plus connu en Arménie pour son fruit que pour son bois. C’est précisément cette association qui a donné son nom traditionnel à l’instrument : en arménien, on l’appelle aussi tsiranapogh, ou dziranapogh en arménien occidental, ce qui signifie littéralement « corne d’abricotier ». Le bois d’abricotier est apprécié pour sa densité, sa stabilité dans le temps et la chaleur particulière qu’il donne au timbre ; d’autres bois durs sont parfois utilisés en dépannage, mais les instruments considérés comme les meilleurs restent presque toujours en abricotier vieilli plusieurs années avant d’être travaillé.

L’artisan commence par choisir une branche ou une bille de bois bien sèche, qu’il évide pour créer la perce cylindrique intérieure caractéristique de l’instrument. Il perce ensuite les huit trous de jeu et le trou de pouce, en ajustant leur position et leur diamètre à l’oreille autant qu’à la mesure, car c’est de cette précision que dépend la justesse finale du duduk. Le corps est ensuite poncé, huilé et parfois cerclé de petites bagues métalliques ou de fil pour éviter que le bois ne se fende avec le temps.

Un artisan perce et ajuste les trous d'un duduk en bois d'abricotier sur son établi
La fabrication d’un duduk reste un travail artisanal : chaque corps est évidé, percé puis ajusté à la main dans un bois d’abricotier vieilli. Photo Wikimedia Commons, auteur Ilya Mazeya, licence CC BY-SA 4.0.

L’anche mérite un artisanat à part entière, tenu par des faiseurs de anches spécialisés qui ne fabriquent parfois que cette pièce toute leur vie. Elle est taillée dans le roseau ghamish, aplatie et liée, puis ajustée en fonction du corps de l’instrument et du souffle du musicien. Une anche neuve doit être humidifiée avant de jouer et son ouverture réglée à l’aide d’un petit anneau coulissant : c’est un geste que tout duduk-iste refait avant chaque interprétation, un peu comme un violoniste accorde son instrument avant de jouer. Les musiciens transportent d’ailleurs souvent plusieurs anches de rechange, car cette pièce s’use et doit être renouvelée régulièrement.

Origine et histoire du duduk

L’histoire précise du duduk reste difficile à dater avec certitude, comme pour beaucoup d’instruments issus d’une tradition orale ancienne. Selon la tradition arménienne elle-même, la pratique musicale associée à l’instrument remonterait à l’époque du roi Tigrane le Grand, qui régna sur l’Arménie entre 95 et 55 avant notre ère. D’autres sources évoquent une origine plus ancienne encore, sans qu’il soit possible de la dater avec une précision archéologique fiable : il s’agit ici de traditions orales et de recherches organologiques régionales, pas de vestiges matériels datés au carbone. Il faut donc rester prudent sur les dates les plus anciennes avancées par certains musiciens ou sites spécialisés, et retenir surtout que le duduk fait partie des instruments à anche double les plus anciens attestés dans la région du Caucase et d’Asie mineure.

Ce qui est en revanche solidement établi, c’est le rôle social et culturel de l’instrument à travers les siècles. Le duduk a toujours accompagné les grands moments de la vie communautaire arménienne : mariages, funérailles, fêtes religieuses, veillées. On le joue en principe à deux musiciens au minimum, l’un tenant la mélodie et l’autre le bourdon, une manière de jouer qui a traversé les générations sans grand changement. Cette continuité, plus que les dates précises, explique pourquoi l’UNESCO a choisi de reconnaître non pas seulement l’objet, mais bien « le duduk et sa musique » comme patrimoine vivant : la pratique a été proclamée chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2005, puis formellement inscrite en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Au vingtième siècle, le duduk a connu deux évolutions majeures. La première est pédagogique et institutionnelle : l’instrument est entré dans les conservatoires arméniens, où sa technique a été codifiée et enseignée de façon plus structurée qu’auparavant, tout en restant fidèle à une transmission orale de maître à élève pour l’anche et l’interprétation. La seconde évolution est sa sortie du seul territoire arménien : porté par des musiciens et des diasporas, le duduk a commencé à être entendu hors d’Arménie dans la seconde moitié du siècle, jusqu’à devenir, à partir des années 1980, l’un des instruments traditionnels les plus identifiables du grand public occidental, bien au-delà des cercles de spécialistes en musiques du monde.

Djivan Gasparyan et le duduk au cinéma

Il est impossible de parler du duduk sans évoquer Djivan Gasparyan, considéré de son vivant comme le plus grand maître de l’instrument. Né le 12 octobre 1928 à Solak, un village situé non loin d’Erevan, il commence l’apprentissage du duduk dès l’âge de six ans et devient, au fil des décennies, la référence absolue de l’instrument en Arménie comme à l’étranger. Il est mort le 6 juillet 2021, à l’âge de 92 ans, laissant derrière lui plusieurs générations d’élèves et une discographie considérable.

Sa rencontre avec le grand public occidental doit beaucoup à une collaboration précise et documentée : en 1988, le musicien britannique Peter Gabriel l’invite à jouer sur la bande originale du film de Martin Scorsese, La Dernière Tentation du Christ. Cette musique, d’abord pensée comme une simple bande originale, est retravaillée par Gabriel et sort en 1989 sous la forme de l’album Passion. C’est cette collaboration que Peter Gabriel lui-même a créditée, dans plusieurs interviews, comme le moment où il est tombé sous le charme du son du duduk.

Quelques années plus tard, en 2000, Djivan Gasparyan participe directement à la musique du film Gladiator de Ridley Scott, composée par Hans Zimmer et Lisa Gerrard : il y interprète lui-même les parties de duduk, notamment sur le morceau « Duduk of the North », l’un des titres les plus identifiés de la bande originale. C’est un point qu’il vaut la peine de préciser, car de nombreux articles se contentent d’évoquer « un duduk » dans Gladiator sans nommer l’interprète : ici, il ne s’agit pas d’un simple emprunt de timbre, mais bien de la présence du musicien arménien en personne sur l’enregistrement.

Un musicien joue du duduk devant les pierres du temple de Garni, en Arménie
Un duduk joué en public près du temple de Garni, l’un des sites touristiques les plus visités d’Arménie. Photo Wikimedia Commons, auteur Shaun Dunphy, licence CC BY-SA 2.0.

Au-delà de ces deux collaborations les plus documentées, le son du duduk a depuis été repris dans de nombreuses productions musicales et cinématographiques à travers le monde, ce qui a contribué à populariser l’instrument bien au-delà de l’Arménie. Par prudence éditoriale, nous ne citons ici que les usages les mieux sourcés et vérifiables : La Dernière Tentation du Christ et Gladiator, deux collaborations directement liées à Djivan Gasparyan et largement documentées par la presse musicale.

Cette vidéo permet d’entendre le jeu de Djivan Gasparyan lui-même : le souffle continu, le vibrato lent, le bourdon en arrière-plan tenu par un second musicien. C’est cette manière de jouer, plus que n’importe quelle description, qui explique pourquoi le duduk est si souvent qualifié d’instrument « qui pleure » ou « qui chante » par ceux qui l’entendent pour la première fois.

Où voir et entendre le duduk en France ?

En France, le duduk se rencontre surtout à l’occasion de concerts de musiques du monde, de festivals consacrés aux cultures du Caucase ou d’événements organisés par les associations de la diaspora arménienne, particulièrement active à Marseille, Lyon, Paris et Valence. Plusieurs professeurs et associations culturelles arméniennes proposent aussi des ateliers d’initiation, généralement axés en premier lieu sur la fabrication et l’entretien de l’anche, bien avant le travail du doigté.

Pour découvrir le duduk aux côtés d’autres instruments du monde et comprendre sa place parmi les grandes familles d’aérophones à anche, la page instruments du monde du site permet de naviguer entre les différentes traditions déjà présentées. Notre page dédiée aux expositions d’instruments du monde recense par ailleurs les collections et musées où l’on peut voir des instruments à vent traditionnels exposés, quand la programmation le permet. Enfin, la rubrique tourisme musical rassemble nos pistes pour prolonger la découverte d’un instrument par un déplacement, un festival ou une rencontre avec des musiciens sur place.

Peut-on acheter un duduk ?

Contrairement à certains instruments traditionnels difficiles à trouver hors de leur pays d’origine, le duduk est aujourd’hui commercialisé par plusieurs artisans et boutiques spécialisées, y compris pour un public d’amateurs curieux de s’initier. Les modèles vendus en France sont le plus souvent en bois d’abricotier, livrés avec une ou plusieurs anches et parfois un support pédagogique de base.

Pour se faire une idée des prix et des modèles disponibles, voir les duduks disponibles sur Amazon.

Avant tout achat, il reste préférable de privilégier un instrument correctement accordé et une anche adaptée au corps du duduk choisi : un mauvais réglage de l’anche, plus que la qualité du bois, est la cause la plus fréquente de déception chez les débutants.

Quelle est la différence entre un duduk et un hautbois ?

Les deux sont des aérophones à anche double, mais la perce du duduk est cylindrique alors que celle du hautbois est conique. Cette différence de forme donne au duduk un timbre plus rond, plus doux et plus grave, quand le hautbois produit un son plus clair, plus perçant et plus riche en aigus.

Pourquoi le duduk est-il fabriqué en bois d’abricotier ?

Le bois d’abricotier est apprécié pour sa densité, sa stabilité dans le temps et la chaleur particulière qu’il donne au son. Cette association est si forte que le nom traditionnel arménien de l’instrument, tsiranapogh, signifie littéralement « corne d’abricotier ».

Qui était Djivan Gasparyan ?

Djivan Gasparyan (1928-2021) était un musicien arménien considéré comme le plus grand maître du duduk de son époque. Il a notamment collaboré avec Peter Gabriel sur la bande originale du film La Dernière Tentation du Christ (1989) et interprété lui-même les parties de duduk de la bande originale du film Gladiator (2000).

Dans quels films entend-on vraiment du duduk ?

Deux usages sont solidement documentés : La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese, sur une musique de Peter Gabriel avec Djivan Gasparyan au duduk, et Gladiator de Ridley Scott, dont la bande originale de Hans Zimmer et Lisa Gerrard fait entendre Djivan Gasparyan lui-même sur le morceau « Duduk of the North ».

Le duduk est-il difficile à apprendre ?

La difficulté principale ne vient pas du doigté, relativement simple avec huit trous et un trou de pouce, mais de la maîtrise du souffle sur une anche très large. Régler et humidifier correctement l’anche avant de jouer est souvent l’étape la plus longue à apprendre pour un débutant.

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