Le kalimba est un lamellophone à lamelles métalliques fixées sur une petite caisse en bois, que l’on pince avec les pouces pour en tirer des notes claires et cristallines. Contrairement au balafon ou à la kora, il est reconnaissable entre tous à sa taille de poche et à son prix accessible, ce qui en a fait l’un des instruments du monde les plus vendus en Occident. Sa forme actuelle, avec ses lamelles disposées en éventail sur une caisse rectangulaire, date des années 1950 : elle est l’œuvre du musicologue britannique Hugh Tracey, qui l’a conçue à partir d’instruments traditionnels d’Afrique australe. Le kalimba occidental moderne ne doit donc pas être confondu avec ses ancêtres, la mbira ou la sanza, dont il s’inspire directement.
L’essentiel
- Famille : lamellophone (idiophone à lamelles pincées), famille des « pianos à pouces »
- Matériau : lamelles en acier fixées sur une caisse de résonance en bois massif ou contreplaqué
- Origine : conçu en Afrique du Sud dans les années 1950 par Hugh Tracey, à partir de modèles traditionnels d’Afrique centrale et australe
- Particularité : gamme occidentale (do-ré-mi) et notes alternées gauche-droite, pensées pour un apprentissage rapide
Qu’est-ce qu’un kalimba
Le kalimba appartient à la grande famille des lamellophones, des instruments dans lesquels le son naît de la vibration de languettes fines (les lamelles, ou « tines » en anglais) fixées à une extrémité sur un support et libres à l’autre. Le musicien pince l’extrémité libre avec le pouce, parfois avec l’index, puis la relâche : la lamelle vibre et produit une note dont la hauteur dépend de sa longueur et de son épaisseur. Les lamelles courtes, à l’avant, donnent des notes aiguës ; les plus longues, à l’arrière, des notes graves.
Sur un kalimba, les lamelles sont en général en acier trempé, fixées par une barre de pression sur une caisse en bois qui fait office de caisse de résonance, souvent percée d’un ou plusieurs orifices à l’arrière. Le modèle le plus répandu compte 17 lamelles, mais il en existe à 8, 15 ou 21, chacun avec sa propre étendue de notes. Ce qui distingue avant tout le kalimba de ses ancêtres africains, c’est l’ordre des notes : au lieu d’une disposition traditionnelle propre à chaque ethnie et à chaque répertoire, il reprend une gamme diatonique occidentale (do, ré, mi, fa, sol, la, si) avec les notes alternées de part et d’autre de la lamelle centrale, ce qui permet de jouer une mélodie simplement en balayant l’instrument de gauche à droite du pouce.
Cette conception, pensée pour être immédiatement lisible par un public qui ne connaît pas les gammes africaines, explique une grande partie du succès international de l’instrument : il est aujourd’hui l’un des rares instruments du monde qu’un débutant complet peut apprendre à jouer, avec une partition simplifiée, en une seule soirée.
Comment un kalimba est fabriqué

La caisse est taillée ou moulée dans un bois qui favorise la résonance : acajou, noyer ou érable pour les modèles haut de gamme, contreplaqué pour les modèles d’entrée de gamme les plus économiques. Elle est percée à l’arrière d’un trou circulaire, parfois de plusieurs petits orifices, qui laissent sortir le son et permettent aussi de moduler le timbre en couvrant partiellement l’ouverture avec la paume pendant le jeu, un effet de vibrato très caractéristique du kalimba.
Sur la table d’harmonie sont fixés deux ponts métalliques, un pont avant fin et un pont arrière plus large, entre lesquels courent les lamelles. Une barre de pression, vissée par-dessus, maintient l’ensemble et permet d’ajuster la longueur de la partie vibrante de chaque lamelle : en la faisant coulisser vers l’avant, on raccourcit la partie libre et la note monte ; en la reculant, elle descend. C’est ainsi que l’instrument s’accorde, avec un petit marteau ou un tournevis, sans réglage électronique. Les lamelles elles-mêmes sont généralement en acier à ressort, parfois recouvert de laiton pour les notes graves, choisi pour sa capacité à vibrer longtemps sans se déformer.
Les kalimbas fabriqués selon le principe défini par Hugh Tracey continuent d’être produits artisanalement à Grahamstown, en Afrique du Sud, tandis que la grande majorité des modèles vendus dans le monde aujourd’hui, souvent d’entrée ou de milieu de gamme, sont fabriqués en série en Asie, en particulier en Chine, sur le même schéma de lamelles en acier et de caisse en bois.
Origine et histoire : du lamellophone africain au kalimba occidental
Il faut distinguer deux histoires bien différentes, souvent confondues sous le même mot. D’un côté, les lamellophones traditionnels d’Afrique : selon les recherches archéologiques et organologiques, des instruments à lamelles de bois ou de bambou existaient déjà sur le continent africain il y a plusieurs millénaires, et des lamellophones à lamelles métalliques sont attestés dans la vallée du Zambèze depuis environ 1300 ans. Chez le peuple shona du Zimbabwe, cet instrument porte le nom de mbira (on dit aussi mbira dzavadzimu) et occupe une place spirituelle centrale : il accompagne les cérémonies appelées bira, destinées à communiquer avec les esprits des ancêtres. Ailleurs en Afrique, des instruments de la même famille portent des noms différents selon les régions et les langues : sanza ou senza en Afrique centrale, likembe en République démocratique du Congo, karimba dans certaines traditions d’Afrique australe. La tradition orale ne permet pas de dater précisément l’apparition de chaque variante locale.
De l’autre côté, il y a le kalimba tel qu’on le connaît en Occident aujourd’hui, un instrument beaucoup plus récent. Il a été conçu dans les années 1950 par Hugh Tracey (1903-1977), un musicologue britannique installé en Afrique australe. Arrivé en Rhodésie du Sud (l’actuel Zimbabwe) à la fin des années 1920 pour travailler dans une ferme de tabac, Tracey se passionne pour les musiques locales, apprend plusieurs langues bantoues et se lance dans une collecte méthodique d’enregistrements de terrain : il en réalisera plus de 35 000 entre les années 1920 et 1970. En 1954, il fonde à Roodepoort, en Afrique du Sud, l’International Library of African Music (ILAM), qu’il dirige jusqu’à sa mort et qui conserve encore aujourd’hui l’essentiel de ses archives sonores.
C’est dans ce contexte de recherche que Tracey s’intéresse de près à la mbira nyunga nyunga, une variante shona du piano à pouces, et conçoit une version simplifiée et retravaillée pour un public occidental non familier des gammes africaines. Il en modifie l’accordage pour le faire correspondre à la gamme diatonique occidentale et réorganise les lamelles en les alternant de gauche à droite. Il donne à ce nouvel instrument le nom de « kalimba », emprunté à l’une des appellations traditionnelles de la famille des mbira en Afrique centrale, et fonde en 1954 l’entreprise African Musical Instruments (AMI) pour le fabriquer et le commercialiser. Le kalimba de Hugh Tracey n’est donc pas un mbira traditionnel simplement rebaptisé, mais une adaptation occidentalisée, pensée dès l’origine pour être exportée et enseignée hors d’Afrique.
Un ou deux faits qui l’ont fait connaître

La diffusion internationale du kalimba doit beaucoup à la scène musicale nord-américaine des années 1970. Le musicien Maurice White, fondateur et chanteur du groupe de funk et soul Earth, Wind & Fire, adopte l’instrument sur scène et sur plusieurs albums du groupe. En 1974, Earth, Wind & Fire sort même un titre intitulé « Kalimba Story » en son hommage. White restera si attaché à l’instrument qu’il baptisera plus tard sa propre maison de disques Kalimba Music. Cette exposition dans la pop et la soul américaines a fortement contribué à populariser le kalimba en dehors des cercles spécialisés en musiques du monde, bien au-delà de son public initial d’amateurs d’ethnomusicologie.
Plus récemment, le kalimba a connu un regain de popularité important grâce aux plateformes de partage vidéo, où de nombreux musiciens amateurs publient des reprises de musiques de films d’animation, de bandes originales de jeux vidéo ou de chansons populaires. Sa facilité d’apprentissage, son prix abordable et sa sonorité immédiatement reconnaissable en ont fait l’un des instruments du monde les plus recherchés par les débutants souhaitant s’initier à la musique sans passer par un solfège complexe.
Cette popularité récente s’explique aussi par un système d’apprentissage propre au kalimba : la tablature numérotée. Plutôt que d’utiliser le solfège classique, la plupart des méthodes et des partitions disponibles en ligne associent un numéro à chaque lamelle, dans l’ordre où elles apparaissent sur l’instrument. Le musicien n’a donc qu’à suivre une suite de chiffres pour reproduire une mélodie, sans connaître ni les notes ni les portées. Ce système, largement diffusé par les fabricants eux-mêmes sous forme d’autocollants à coller sur les lamelles, explique en grande partie pourquoi le kalimba est aujourd’hui considéré comme l’un des instruments du monde les plus accessibles à un adulte ou à un enfant qui n’a jamais fait de musique.
Où voir, entendre et essayer un kalimba en France
Le kalimba fait partie des instruments du monde que l’on croise assez facilement en France, notamment lors d’ateliers de musiques du monde, de stages d’initiation ou de séances de sonothérapie où sa sonorité douce et répétitive est appréciée pour la détente. Pour resituer l’instrument dans son contexte organologique plus large, aux côtés d’autres percussions et cordes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, la page instruments du monde du musée propose un panorama complet, et la rubrique expositions permet de repérer les occasions de voir ces instruments de près, en dehors de leur contexte de scène. Pour élargir la visite à des lieux et des événements consacrés à la musique en France, la page tourisme musical recense plusieurs pistes utiles à qui veut prolonger sa découverte des instruments du monde au-delà d’un article.
Comme le rappelle notre article sur la kora, une autre voix des musiques d’Afrique de l’Ouest, la sanza (autre nom donné à la mbira selon les régions) appartient à cette même vaste famille des instruments joués avec les doigts que les ethnomusicologues occidentaux ont largement redécouverte et documentée au XXe siècle, chacun avec sa propre trajectoire entre tradition orale et diffusion internationale.
Pour se faire une idée des prix et des modèles disponibles, voir les kalimbas disponibles sur Amazon.
Quelle est la différence entre un kalimba et une mbira ?
La mbira est un instrument traditionnel africain, notamment chez le peuple shona du Zimbabwe, dont les lamelles sont accordées selon des gammes propres à chaque tradition régionale et jouées avec les deux pouces et parfois l’index. Le kalimba est une adaptation occidentalisée conçue dans les années 1950 par le musicologue Hugh Tracey à partir de ces instruments traditionnels, avec une gamme diatonique occidentale et des notes alternées pensées pour un apprentissage rapide par un public non africain.
Le kalimba et la sanza sont-ils le même instrument ?
La sanza (ou senza) est un autre nom donné, selon les régions d’Afrique, à des instruments de la même famille que la mbira. Le terme désigne donc un lamellophone traditionnel, tandis que le kalimba est spécifiquement la version modernisée et occidentalisée créée par Hugh Tracey. Dans le langage courant, le mot « kalimba » est cependant parfois utilisé de façon large pour désigner tous les pianos à pouces, ce qui entretient une certaine confusion entre les deux termes.
Qui a inventé le kalimba moderne ?
Le kalimba dans sa forme actuelle a été conçu par Hugh Tracey (1903-1977), musicologue britannique installé en Afrique australe, qui a fondé l’International Library of African Music en 1954 et l’entreprise African Musical Instruments la même année pour fabriquer et diffuser son instrument. Il s’est inspiré de la mbira nyunga nyunga, une variante traditionnelle shona du piano à pouces, en la réaccordant selon une gamme occidentale.
Combien de lamelles compte un kalimba ?
Le modèle le plus courant compte 17 lamelles, mais il existe des kalimbas plus simples à 8 ou 10 lamelles pour l’initiation, ainsi que des modèles plus étendus à 15 ou 21 lamelles pour élargir la tessiture. Le nombre de lamelles détermine directement l’étendue de notes disponibles et donc la complexité des morceaux jouables.
Le kalimba est-il facile à apprendre ?
Oui, c’est l’une des raisons de son succès : grâce à sa gamme occidentale et à ses notes alternées de gauche à droite, un débutant peut jouer une mélodie simple dès la première séance, souvent à l’aide de partitions simplifiées où chaque lamelle est numérotée. Cela ne retire rien à la richesse technique que peuvent développer des joueurs expérimentés, avec des techniques de vibrato obtenues en couvrant partiellement le trou de résonance.