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Un musicien tient une kora, grande calebasse décorée et long manche à chevilles mécaniques

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Kora : la harpe-luth à 21 cordes des griots mandingues

Une kora moderne à chevilles mécaniques : le principe reste celui de la harpe-luth mandingue. Photo Pexels, usage libre.

La kora est une harpe-luth à vingt et une cordes originaire de l’aire mandingue, en Afrique de l’Ouest. Une grande calebasse coiffée d’une peau tendue sert de caisse de résonance à un long manche de bois, et les cordes, réparties en deux rangées, se pincent avec les pouces et les index. Comme le balafon, elle appartient au répertoire des griots.

L’essentiel

  • Famille : cordophone, harpe-luth à ponticelle.
  • Cordes : 21 en général, jusqu’à 25 sur certaines koras de Casamance.
  • Origine : aire mandingue, Mali, Gambie, Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau.
  • Première mention écrite : 1799, par l’explorateur écossais Mungo Park.

Qu’est-ce qu’une kora

La kora est un cordophone, mais son mécanisme la place à la croisée de deux familles : c’est une harpe par la façon dont les cordes partent du corps vers le haut du manche, et un luth par la présence d’un manche traversant qui rigidifie l’ensemble. Les organologues la classent comme harpe-luth à ponticelle, du nom du petit chevalet de bois planté au centre de la table d’harmonie, autour duquel les cordes s’enroulent avant de rejoindre le manche.

Ce qui distingue surtout la kora d’une harpe classique, c’est la disposition des cordes en deux rangées parallèles de part et d’autre du manche, et non sur un seul plan. Le musicien tient l’instrument par deux poignées de bois fixées à la caisse, pouces et index libres pour pincer les cordes, les autres doigts refermés sur les poignées. C’est cette prise en main particulière, plus que le nombre de cordes, qui rend la kora immédiatement reconnaissable dès qu’on la voit jouée.

Dans le jeu traditionnel, la main gauche répète en général un motif d’accompagnement cyclique, le kumbengo, pendant que la main droite improvise par-dessus une ligne mélodique ornée, le birimintingo. Cette répartition, proche dans son principe d’une basse continue accompagnant une voix soliste, permet à un seul instrument de tenir à la fois le rôle rythmique et le rôle mélodique d’un morceau, ce qui explique qu’une kora seule suffise souvent à accompagner un chant de griot.

Comment une kora est fabriquée

Un artisan peint une calebasse décorative, entouré d'une pile de calebasses
La calebasse, ici travaillée pour la décoration, est la même matière première que celle taillée pour la caisse d’une kora. Photo Pexels, usage libre.

La caisse est une grosse calebasse coupée en deux, choisie pour son diamètre, en général entre 40 et 60 centimètres. Une peau de vache ou de chèvre, parcheminée puis clouée sur le pourtour, en ferme la table d’harmonie et donne à l’instrument sa résonance grave et sourde. Le manche, en bois de palissandre du Mali, traverse la calebasse de part en part sur une longueur de 1,20 à 1,40 mètre.

Les vingt et une cordes couraient traditionnellement en boyau, remplacé aujourd’hui le plus souvent par du fil de pêche en nylon ou par des cordes de harpe modernes, plus stables dans le temps et moins sensibles à l’humidité. Chaque corde s’attache au manche par un anneau de cuir coulissant : en faisant glisser l’anneau, on tend ou on détend la corde, et donc on l’accorde. Certaines koras récentes, comme celle qui illustre cet article, remplacent ces anneaux traditionnels par des chevilles mécaniques de type guitare, plus rapides à régler mais qui changent le geste d’accordage hérité des générations précédentes.

Quatre koras adossées à un mur, montrant les calebasses, les poignées de bois et les anneaux de cordes
Quatre koras traditionnelles, calebasse et système d’accordage à anneaux bien visibles. Photo Mathaz, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Sur cette photo, on distingue bien les deux poignées de bois qui traversent la calebasse de part en part et servent de prise pour le musicien, ainsi que les anneaux de cuir tressé, encore utilisés ici, qui remontent le long du manche jusqu’aux cordes. Chaque instrument porte aussi, cousu sur la peau, un jeu de plaques métalliques ou de perles qui vibrent légèrement au jeu et ajoutent au son de la kora un léger bourdonnement, sur le même principe que le mirliton du balafon.

Le chevalet, taillé dans un seul bloc de bois dur et planté debout au centre de la table d’harmonie, porte une encoche de chaque côté par laquelle passe une moitié des cordes. C’est ce partage qui crée les deux rangées parallèles caractéristiques de l’instrument, une rangée de chaque côté du chevalet, plutôt qu’un alignement unique comme sur une harpe occidentale classique. Cette disposition impose aussi la façon de jouer : le pouce et l’index de chaque main restent affectés à leur seule rangée, ce qui explique pourquoi il faut souvent plusieurs années de pratique avant de coordonner les deux mains sur des lignes mélodiques indépendantes.

Une origine attestée depuis 1799, une légende bien plus ancienne

La première mention écrite de la kora remonte à 1799, sous la plume de l’explorateur écossais Mungo Park, dans son récit de voyage Travels in the Interior Districts of Africa. Park ne détaille pas la facture de l’instrument qu’il a croisé sur sa route, mais cette mention reste, à ce jour, la plus ancienne trace écrite occidentale connue de la kora. La tradition orale mandingue, elle, fait remonter l’instrument bien plus loin, à travers une légende associée au village de Missirikoro, au Mali.

Selon ce récit, la kora aurait d’abord appartenu à une femme-génie vivant dans les grottes de Missirikoro, avant d’être prise par le chef de guerre mandingue Tiramakhan Traoré, aidé de ses compagnons Waly Kelendjan et Djelimaly Oulé Diabaté. L’instrument revint à ce dernier, le griot du groupe, qui le transmit à son fils Kamba, puis de père en fils jusqu’à Tilimaghan Diabaté. C’est cette chaîne de transmission, du génie au chef de guerre puis du chef à son griot et à sa descendance, que les généalogies orales mandingues invoquent encore aujourd’hui pour expliquer pourquoi l’instrument reste attaché à des lignées précises plutôt que librement accessible à qui veut l’apprendre.

La kora chez les griots

Comme le balafon, la kora appartient au répertoire des griots mandingues, les jeliw. Le joueur de kora porte un nom spécifique selon la langue, korafola en mandinka, quand le musicien lui-même est désigné ailleurs sous les termes de guéwël en wolof ou de gawlo en toucouleur. Dans les grandes familles de joueurs, la transmission reste traditionnellement patrilinéaire, du père au fils, dès le plus jeune âge. Le rôle du griot ne s’arrête d’ailleurs pas à la musique : lors d’un mariage, d’un baptême ou d’une cérémonie officielle, le koriste peut aussi être appelé à rappeler publiquement la généalogie et les hauts faits des familles présentes, une fonction sociale de mémoire vivante qui accompagne, et parfois dépasse en importance, la seule performance instrumentale.

Cette règle a été publiquement bousculée par Sona Jobarteh, petite-fille du koriste Amadu Bansang Jobarteh et cousine de Toumani Diabaté, devenue la première femme d’une grande famille de griots à s’imposer internationalement sur l’instrument. Sa carrière, construite en dehors du schéma strictement masculin de transmission, a rouvert la question de qui, dans ces familles, a le droit d’hériter de la kora. En 2015, elle a fondé en Gambie la Gambia Academy, un établissement qui associe l’enseignement scolaire classique à la transmission de la musique et de la culture mandingues, y compris à des filles.

Trois accordages, trois couleurs

La kora traditionnelle se joue selon trois modes d’accordage principaux, chacun associé à un répertoire et à une couleur harmonique distincte. Le sila ba, ce qui signifie à peu près « la grande route », proche d’un fa majeur, est considéré comme le plus ancien des trois et comme celui dont dérivent les autres : c’est le mode par lequel un apprenti koriste commence en général son apprentissage. Le tomora, proche d’un mi bémol majeur et parfois appelé tomora mesengo, est particulièrement associé au répertoire gambien et à des pièces plus graves et solennelles. Le sawta, aussi désigné ardino ou hardino selon les régions, proche d’un do majeur, ouvre au contraire vers des couleurs plus claires et reste surtout en usage au Mali et en Guinée ; certains koristes hésitent même à le considérer comme un mode d’accordage à part entière plutôt que comme un répertoire de pièces particulières. Changer de mode implique de redéplacer plusieurs anneaux ou chevilles à la fois, ce qui explique qu’un koriste change rarement d’accordage en cours de concert.

Des koristes qui ont fait connaître l’instrument hors d’Afrique

Peu d’instruments traditionnels ouest-africains doivent autant à quelques interprètes leur notoriété internationale. Le Guinéen Mory Kanté a électrifié sa kora dans les années 1980 et signé avec Yéké Yéké, en 1987, le premier single africain à dépasser le million d’exemplaires vendus, numéro un dans plusieurs pays européens.

Toumani Diabaté, issu d’une lignée de koristes maliens réputée depuis son grand-père Sidiki Diabaté, a construit une carrière de passerelles entre traditions. Avec le guitariste et chanteur malien Ali Farka Touré, il a enregistré l’album In the Heart of the Moon, récompensé d’un Grammy Award en 2006, puis un second disque en duo, également salué par un Grammy. Il a aussi joué sur l’album Volta de la chanteuse islandaise Björk, sorti en 2007, et s’est produit à ses côtés au festival britannique de Glastonbury la même année, l’un des signes les plus visibles de la façon dont la kora a fini par circuler bien au-delà de son répertoire d’origine.

Dans un registre plus feutré, le koriste malien Ballaké Sissoko a formé avec le violoncelliste français Vincent Segal un duo kora-violoncelle inattendu, publié en 2009 sous le titre Chamber Music chez le label parisien No Format. L’album, enregistré à Bamako puis mixé à Paris, a figuré parmi les meilleurs disques de musiques du monde de l’année dans plusieurs médias européens et nord-américains, et continue d’être cité comme l’une des rencontres les plus abouties entre répertoire mandingue et musique de chambre occidentale.

Sona Jobarteh, déjà citée pour avoir ouvert la transmission aux femmes, s’est imposée sur les scènes de festivals du monde entier, du Brésil à la Corée du Sud, avec un répertoire qui mêle tradition mandingue et compositions personnelles.

Où voir et entendre une kora

En France, la kora accompagne régulièrement les expositions itinérantes d’instruments du monde, où elle figure aux côtés du balafon et du djembé dans une présentation par familles organologiques. Notre panorama des lieux à visiter recense les collections françaises où l’on peut voir des cordophones de ce type exposés à demeure.

Pour l’entendre, les enregistrements de Toumani Diabaté, souvent en duo avec Ballaké Sissoko ou avec des musiciens venus d’autres traditions, restent l’un des accès les plus simples à la richesse harmonique de l’instrument, loin du seul répertoire électrifié qui l’a fait connaître au grand public dans les années 1980.

C’est quoi une kora ?

La kora est une harpe-luth d’Afrique de l’Ouest, à vingt et une cordes, faite d’une calebasse tendue d’une peau et d’un long manche en bois. On la joue en la tenant par deux poignées, en pinçant les cordes avec les pouces et les index.

Combien de cordes a une kora ?

Une kora compte généralement 21 cordes, réparties en deux rangées de part et d’autre du manche. Certaines koras fabriquées en Casamance, dans le sud du Sénégal, ajoutent jusqu’à quatre cordes graves supplémentaires, portant le total à 25.

Qui a le droit de jouer de la kora ?

Dans la tradition mandingue, la kora appartient au répertoire des griots et se transmet historiquement de père en fils au sein de familles précises. Sona Jobarteh a été la première femme d’une grande famille de griots à s’imposer sur l’instrument à l’international, ouvrant cette transmission au-delà du seul schéma masculin.

Quelle est la légende de la kora ?

La tradition orale mandingue raconte que la kora appartenait d’abord à un génie sous forme de femme, au village de Missirikoro, au Mali, avant d’être obtenue par le chef Tiramakhan Traoré, qui la fit jouer par son griot Djelimaly.

Quel est le prix d’une kora ?

Nous ne recopions pas de fourchette de prix précise sur ce site : elle varie fortement selon la qualité de la calebasse, l’essence du manche et le fait que l’instrument soit fait à la main par un facteur reconnu ou produit en plus grande série. Un instrument de qualité artisanale reste, comme pour beaucoup de cordophones travaillés à la main, un achat qui se prépare plutôt qu’un choix pris sur une seule fiche produit.

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