Le handpan est un instrument de percussion métallique en forme de soucoupe, posé sur les genoux et joué à mains nues, avec une note centrale entourée de plusieurs zones accordées appelées champs de note. Contrairement à la plupart des instruments présentés sur ce site, il n’a rien d’ancestral : il est né en Suisse entre 1999 et 2001, chez le fabricant PANArt, sous le nom de Hang. Son timbre suspendu, mi-métallique mi-mélodique, et sa diffusion fulgurante par la vidéo en ligne en ont fait en moins de vingt ans l’un des instruments les plus reconnaissables au monde.
L’essentiel
- Famille : idiophone métallique, apparenté au steelpan (steel drum) dont il descend directement.
- Matériau : acier nitruré ou acier inoxydable, mis en forme en deux demi-coques assemblées bord à bord.
- Origine : Suisse, atelier PANArt Hangbau, premiers prototypes construits début 2001.
- Fait distinctif : le nom « Hang » est une marque déposée réservée à PANArt ; tous les autres instruments de cette famille sont appelés « handpans ».
Qu’est-ce qu’un handpan
Le handpan appartient à la famille des idiophones : comme le balafon ou le xylophone, il produit son son par la vibration de son propre corps, sans corde ni membrane tendue. Sa forme est celle de deux demi-coques bombées en tôle d’acier, assemblées bord à bord pour former une lentille convexe que le musicien pose sur ses genoux.
La face supérieure, appelée le ding, porte une note centrale entourée de sept à neuf renfoncements appelés champs de note (tone fields en anglais), chacun accordé à une hauteur précise. Un champ de note n’est pas réglé sur une seule fréquence : il combine la fondamentale, son octave et une quinte composée, ce qui donne au handpan ce timbre riche et légèrement flottant qui le caractérise. La face inférieure, le gu, est percée en son centre d’un trou qui fait office de résonateur de Helmholtz, le même principe physique qui produit un son grave quand on souffle dans le goulot d’une bouteille à moitié vide.
On confond parfois le handpan avec le tambour à langues (steel tongue drum), un autre idiophone métallique d’apparence proche. La différence tient à la fabrication : le tambour à langues est découpé dans une seule coque épaisse, où des fentes dessinent des languettes de longueurs différentes qui vibrent comme des lames de xylophone. Le handpan, lui, ne comporte aucune découpe : ses notes sont martelées en creux dans une tôle fine, ce qui lui donne une attaque plus douce, un sustain plus long et des harmoniques plus riches que le son sec et percussif du tambour à langues.
Autre particularité : un handpan est construit dans une seule gamme musicale fixe, choisie avant même le martelage. Contrairement à un piano ou une guitare, on ne peut pas simplement le réaccorder pour changer de tonalité une fois l’instrument terminé, une retouche profonde des champs de note étant nécessaire et risquant de fragiliser le métal. Choisir sa gamme, souvent une échelle pentatonique ou modale aux sonorités volontairement consonantes, est donc une étape décisive, qui détermine pour de bon l’ambiance sonore de l’instrument.
Comment un handpan est fabriqué
Tout commence par deux feuilles d’acier plates, embouties sous presse pour prendre la forme de deux demi-coques bombées, l’une pour le ding, l’autre pour le gu. Le facteur trace ensuite l’emplacement de la note centrale et des champs de note autour, selon la gamme choisie pour l’instrument : il en existe plusieurs dizaines, portant des noms comme Kurd, Célesteil ou Amara selon les intervalles retenus.
Chaque champ est ensuite martelé, à la main ou au marteau pneumatique selon les ateliers, pour creuser un léger dôme inversé dans le métal. C’est ce galbe précis, réglé au dixième de millimètre, qui fixe la hauteur de la note. Le facteur martèle, frappe pour écouter, rectifie, dans un processus d’essais successifs qui n’est pas sans rappeler l’accordage à l’oreille des lames d’un balafon.

Une fois les deux demi-coques accordées séparément, elles sont assemblées bord à bord, un trou est percé au centre du gu, puis l’ensemble subit un traitement thermique : la nitruration, qui consiste à chauffer l’acier dans une atmosphère chargée en azote. Ce traitement durcit la surface, la protège de la rouille et modifie encore légèrement le son, ce qui impose un dernier passage d’accordage fin après traitement. Certains fabricants utilisent aujourd’hui de l’acier inoxydable plutôt que de l’acier nitruré : la matière change le timbre et l’entretien de l’instrument, mais pas son principe de fabrication.
Comptez plusieurs semaines de travail pour un seul instrument, l’essentiel du temps étant consacré à l’accordage plutôt qu’à la mise en forme des coques. C’est ce travail minutieux qui explique pourquoi un handpan artisanal de qualité se vend rarement en dessous de 1 200 à 1 500 euros.
Une invention suisse au tournant des années 2000
Le handpan n’est pas un instrument transmis de génération en génération : sa naissance est documentée avec précision, ce qui le distingue nettement du balafon ou de la kora, dont l’origine se perd dans plusieurs siècles de tradition orale. Tout part de PANArt Hangbau, un atelier suisse basé à Berne, fondé en 1993 par Felix Rohner et rejoint en 1995 par Sabina Schärer ; les deux fabriquaient alors des steelpans selon la tradition trinidadienne.
En novembre 1999, le percussionniste suisse Reto Weber, joueur de ghatam (une jarre en terre cuite percussive originaire d’Inde), leur demande un instrument en tôle qu’on pourrait jouer directement avec les mains. L’idée germe au cours de l’année 2000 : Rohner et Schärer assemblent deux demi-coques de Pang, leur steelpan maison, pour former un objet bombé de 60 centimètres de diamètre. De ce prototype encombrant naît, au fil de l’année, un instrument plus petit et réellement jouable. Les premiers exemplaires sont construits début 2001 et présentés en mars de la même année au salon Musikmesse de Francfort.
Le nom « Hang » vient d’un mot du dialecte bernois qui signifie à la fois « main » et « colline ». PANArt en dépose la marque et choisit une distribution volontairement restreinte : pour acheter un Hang, il fallait se rendre en Suisse, présenter une lettre de motivation et signer une clause interdisant toute revente spéculative, ce qui a nourri des listes d’attente de plusieurs mois. En décembre 2013, PANArt annonce l’arrêt total de la production du Hang pour se consacrer à d’autres instruments issus du même matériau, comme le Gubal, présenté la même année pour les vingt ans de l’atelier.
Hang ou handpan : quelle différence
La rareté organisée du Hang a eu un effet inattendu : d’autres facteurs se sont mis à produire des instruments comparables, sans pouvoir utiliser le nom « Hang », propriété de PANArt. C’est le fabricant américain Pantheon Steel qui invente en 2007 le mot « handpan » (littéralement « pan à main ») pour désigner sa propre version, présentée comme une alternative assumée au Hang original. Le terme, plus générique et libre de droits, s’est ensuite imposé pour désigner l’ensemble de la famille d’instruments, aujourd’hui fabriqués par plusieurs centaines d’ateliers à travers le monde.
On croise plus rarement le mot « pantam », une autre tentative de nom alternatif, ou l’expression familière « hang drum », un terme qui perdure dans l’usage courant même si, selon PANArt lui-même, il reste impropre : un Hang n’est pas un tambour, puisqu’il ne comporte aucune membrane tendue. En pratique, sauf à posséder un exemplaire réellement fabriqué par PANArt, l’instrument que l’on croise dans la rue ou en concert est presque toujours un handpan au sens générique du terme, même si beaucoup continuent par habitude à parler de « hang ».
Hang Massive et la popularisation par la vidéo
Si le handpan est aujourd’hui reconnaissable dans le monde entier, c’est en grande partie grâce à internet plutôt qu’à une diffusion scénique classique. Le duo Hang Massive, formé par Danny Cudd et Markus Johansson, met en ligne en 2011 une vidéo intitulée Once Again, filmée simplement, qui cumule au fil des années plusieurs dizaines de millions de vues. Pour une bonne partie du public occidental, cette vidéo a constitué la toute première rencontre avec l’instrument.
D’autres interprètes ont fait connaître le handpan sur des scènes plus classiques : le musicien libano-canadien Adam Maalouf l’a par exemple joué sur des scènes aussi prestigieuses que le Carnegie Hall ou le Lincoln Center à New York, démontrant que l’instrument pouvait trouver sa place au-delà du répertoire méditatif ou de rue auquel on l’associe le plus souvent.

Cette diffusion par la vidéo explique aussi la vitesse à laquelle l’instrument s’est répandu, sans commune mesure avec celle des instruments traditionnels : en une quinzaine d’années à peine, le handpan est passé d’un prototype confidentiel fabriqué dans un atelier suisse à un objet que l’on croise couramment dans la rue, dans les salles de yoga ou sur les scènes de musiques actuelles.
Festivals et ateliers en France
La France compte une scène handpan active, portée par des festivals dédiés qui rassemblent facteurs, joueurs confirmés et simples curieux. Le Castle Handpan Festival, organisé au château de Frasne-le-Château en Haute-Saône, en est à sa troisième édition en 2026 : au programme, scène ouverte, espaces de jam et ateliers animés par des musiciens confirmés. À Pantin, en région parisienne, le festival Handpaname propose de son côté des initiations, des masterclasses et des rencontres avec la communauté des joueurs.
Au-delà de ces rendez-vous annuels, des ateliers de découverte et des cours particuliers existent dans la plupart des grandes villes françaises, portés par des facteurs ou des joueurs professionnels qui initient les débutants à la posture, à la gamme et aux techniques de base. C’est souvent par ce biais, plus que par un enseignement académique classique, que l’instrument se transmet aujourd’hui en France.
La France compte aussi ses propres facteurs, qui fabriquent l’instrument plutôt que de simplement le distribuer. C’est le cas par exemple de l’atelier BackEyePan, installé dans le massif du Vercors à Autrans-Méaudre, en Isère, qui façonne des handpans à la main depuis 2016. Cette présence d’ateliers artisanaux sur le territoire, aux côtés des grandes marques suisses ou américaines, montre que le savoir-faire ne s’est pas figé chez les pionniers de l’instrument mais continue de se diffuser et de s’affiner d’un pays à l’autre.
Où voir, entendre et essayer un handpan
Contrairement au balafon, à la kora ou au djembé, le handpan n’a pas sa place dans les collections ethnographiques consacrées aux instruments traditionnels : il est trop récent, et son histoire est celle d’un atelier suisse plutôt que d’un peuple ou d’une région du monde. Notre panorama des familles d’instruments le classe malgré tout logiquement aux côtés des autres idiophones, avec lesquels il partage un principe sonore commun malgré des siècles d’écart dans leur histoire.
Pour l’entendre en France, les festivals cités plus haut restent la meilleure porte d’entrée, tout comme les scènes de rue des grandes villes touristiques où les joueurs de handpan sont devenus un spectacle courant. Notre panorama des lieux à visiter recense par ailleurs les collections françaises où l’on peut découvrir l’histoire des instruments du monde au sens large, utile pour resituer le handpan dans la longue histoire des idiophones qu’il prolonge à sa manière. Certaines expositions itinérantes d’instruments du monde commencent d’ailleurs à intégrer le handpan à leurs parcours, précisément pour montrer qu’un instrument peut naître aujourd’hui et se répandre presque aussi vite qu’une tradition ancienne.
Pour se faire une idée des prix et des modèles disponibles, voir les handpans disponibles sur Amazon. Les modèles d’entrée de gamme vendus en ligne permettent de découvrir l’instrument à moindre coût, mais un handpan artisanal bien accordé, martelé à la main par un facteur spécialisé, reste presque toujours d’un tout autre niveau, et d’un tout autre prix.
Qu’est-ce qu’un handpan ?
Un handpan est un instrument de percussion métallique en forme de soucoupe, composé de deux demi-coques d’acier assemblées bord à bord. Il se joue posé sur les genoux, à mains nues, en frappant une note centrale et plusieurs champs de note accordés autour.
Quelle est la différence entre un Hang et un handpan ?
« Hang » est le nom de marque déposé par PANArt, le fabricant suisse à l’origine de l’instrument en 2000-2001. « Handpan » est le terme générique adopté ensuite par les autres fabricants pour désigner des instruments similaires, sans pouvoir utiliser le nom protégé de Hang.
Depuis quand existe le handpan ?
L’instrument est né en Suisse entre 1999 et 2001, chez le fabricant PANArt. Les premiers prototypes ont été construits début 2001 et présentés en mars de la même année au salon Musikmesse de Francfort. C’est donc un instrument très récent à l’échelle de l’histoire des instruments de musique.
Le handpan est-il un instrument traditionnel ?
Non. Contrairement au balafon, à la kora ou au djembé, le handpan n’est rattaché à aucune tradition musicale ancienne ni à un peuple particulier. Il s’agit d’une invention datée avec précision, née dans un atelier suisse au tournant des années 2000, même si sa popularité mondiale peut aujourd’hui donner une impression contraire.
Où acheter ou essayer un handpan en France ?
Des festivals spécialisés comme le Castle Handpan Festival ou Handpaname organisent des ateliers d’initiation qui permettent d’essayer différents modèles avant d’acheter. Pour l’achat, mieux vaut privilégier un facteur spécialisé plutôt qu’un modèle d’entrée de gamme générique, l’accordage étant l’élément le plus difficile à garantir sur les modèles bon marché.