Le djembé est un tambour à peau unique d’Afrique de l’Ouest, taillé dans un seul tronc de bois évidé en forme de calice. Né dans l’aire de l’empire du Mali, il s’est imposé depuis les années 1980 comme l’un des instruments africains les plus joués au monde, aussi bien dans les cérémonies mandingues que dans les ateliers de percussion en France.
L’essentiel
- Famille : membranophone à peau unique, corps en calice taillé dans un tronc.
- Peau : chèvre le plus souvent, tendue par un système de cordes.
- Origine : aire mandingue, empire du Mali, XIIIe siècle, entre Guinée, Mali, Côte d’Ivoire et Burkina Faso.
- Diffusion internationale : à partir des années 1950, avec les Ballets africains, puis mondiale dans les années 1980.
Qu’est-ce qu’un djembé
Le djembé est un membranophone, c’est-à-dire un instrument dont le son naît de la vibration d’une peau tendue, ici une seule peau à l’extrémité large d’un corps en forme de calice ou de gobelet évasé. Contrairement au balafon, idiophone dont les lames de bois sonnent par elles-mêmes, ou à la kora, cordophone à cordes pincées, le djembé appartient à la famille des tambours à percussion directe, joué à main nue et non à la baguette.
La forme évasée du corps n’est pas décorative : elle canalise et amplifie les vibrations de la peau vers l’ouverture inférieure, plus étroite, ce qui donne au djembé sa projection sonore caractéristique, capable de porter sans amplification dans une cour ou une place de village. Un même instrument permet, selon l’endroit et la manière dont on frappe la peau, de produire trois sons de hauteurs différentes, ce qui distingue le djembé de la plupart des tambours à peau unique plus simples, qui se contentent le plus souvent d’un seul registre grave et sourd quel que soit l’endroit frappé.

Comment un djembé est fabriqué
Le corps du djembé traditionnel est sculpté dans un seul tronc évidé, le plus souvent dans des bois durs comme le lenké, l’iroko, le djala ou l’acacia, choisis pour leur densité et leur résistance aux insectes. Le fût prend la forme d’un calice à parois épaisses, avec une ouverture inférieure percée pour laisser sortir le son, et un rebord supérieur sur lequel vient s’ancrer la peau.
La peau, le plus souvent de chèvre, parfois d’antilope ou de bovin selon les régions, est rasée, séchée puis tendue sur le fût à l’aide d’un système de cordes tressées, tirées en diamant tout autour du corps et resserrées progressivement pour monter la tension et donc la hauteur du son. Ce tissage de corde, aujourd’hui souvent en fibre synthétique plutôt qu’en cuir, remplace les anciens systèmes à chevilles de bois et reste réglable après la fabrication, ce qui permet de retendre l’instrument quand l’humidité détend la peau.
Sur les modèles fabriqués en plus grande série, ce cordage traditionnel est parfois remplacé par un système d’anneaux métalliques et de tiges filetées, plus rapide à tendre et moins sensible aux variations climatiques, au prix d’un rendu sonore et d’une esthétique différents de ceux d’un djembé cordé à la main. Les deux systèmes coexistent aujourd’hui, le second équipant surtout les instruments destinés à l’export et à l’enseignement, quand le cordage traditionnel reste la norme pour les djembés joués en contexte cérémoniel en Afrique de l’Ouest.
Une origine liée à l’empire du Mali et à la caste des forgerons
L’aire culturelle du djembé correspond à celle de l’empire du Mali, fondé au XIIIe siècle par Soundiata Keïta, qui s’étendait sur les actuels Guinée, est du Mali, nord de la Côte d’Ivoire et Burkina Faso. C’est dans cette zone que différents peuples, notamment les Malinkés, les Wassoulounkés, les Soninkés, les Khassonkés et les Bambaras de Kaarta, ont adopté et fait évoluer l’instrument au fil des siècles suivants, chacun y apportant des variantes de facture ou de répertoire. Comme pour beaucoup d’instruments transmis oralement en Afrique de l’Ouest, aucune preuve écrite ne permet de dater précisément cette diffusion : les spécialistes s’accordent seulement sur une histoire d’environ sept siècles, appuyée sur la tradition orale plus que sur des sources documentaires.
La tradition orale attribue la création et la fabrication du djembé à la caste des numu, les forgerons, artisans du travail du métal et du bois dont le savoir-faire était associé à une dimension quasi rituelle. Un récit couramment rapporté veut qu’avant d’abattre un arbre pour en faire un djembé, le forgeron plantait sa hache dans le tronc et lui laissait la nuit pour se décider : si la hache était tombée au matin, l’arbre n’était pas coupé, et si elle était restée plantée, cela valait pour autorisation. Deux hypothèses circulent aussi sur l’origine du nom lui-même : l’une le fait dériver de l’expression bambara anke djé, anke bé, un appel au rassemblement signifiant à peu près « venez tous vous réunir », l’autre le rapproche du mot soninké dimmé, qui désigne simplement un tambour.
Un tambour ouvert à tous, à la différence de la kora ou du balafon
Contrairement à la kora ou au balafon, réservés dans la tradition mandingue aux seules familles de griots, le djembé n’est soumis à aucune restriction de caste ou de lignée pour être joué. Sa fabrication reste historiquement associée aux numu, mais n’importe qui peut apprendre à en jouer, un djembéfola, littéralement « celui qui fait parler le djembé », n’ayant pas besoin d’appartenir à une famille de musiciens héréditaires. Cette accessibilité explique en partie la façon dont l’instrument a essaimé bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest, portée par des ateliers ouverts à tous plutôt que par une transmission réservée.
Trois sons, une seule peau
La richesse du djembé tient à sa capacité à produire trois sons distincts sur une seule et même peau, selon la zone frappée et la position de la main. La basse s’obtient en frappant le centre de la peau avec la paume entière, doigts serrés, et donne le son le plus grave et le plus sourd. Le ton, plus clair, se joue près du bord avec les doigts tendus et joints, seule leur partie charnue touchant la peau. Le claqué, le plus aigu et le plus technique des trois, réclame un impact bref sur le bord avec les doigts légèrement écartés, dans un geste de rebond qui produit un claquement sec plutôt qu’un son plein.
Ces trois sons de base se déclinent en variations régionales reconnaissables : la frappe malinké, main en cuiller et bout des doigts proche du cerclage, produit un claqué sec et précis, quand la frappe guinéenne, doigts plus écartés et paume davantage engagée, donne un son plus ample et plus puissant. Un joueur expérimenté combine ces trois sons dans des motifs rythmiques rapides, souvent en dialogue avec un ensemble de tambours cylindriques accompagnateurs, les dundun, qui tiennent la pulsation pendant que le djembé improvise par-dessus.
Cet ensemble de dundun se compose en réalité de trois tambours à deux peaux, de tailles différentes, joués couchés à l’aide de baguettes plutôt qu’à main nue. Le plus grave, le dundunba, pose la pulsation de fond ; le sangban, de taille intermédiaire, marque les temps forts et sert de repère au reste de l’ensemble ; le plus aigu, le kenkeni, ajoute des contretemps qui donnent au rythme d’ensemble son relief et son élan. Un joueur de dundun frappe parfois lui-même une clochette de métal fixée sur le tambour, ajoutant une troisième couche rythmique au-dessus des trois tambours. C’est cette superposition de plusieurs cycles rythmiques imbriqués, chaque instrument tenant son propre motif répétitif, qui donne au répertoire mandingue de percussion sa densité si particulière, le djembé venant improviser une couche mélodique et virtuose par-dessus cette base tenue par le dundun.

Des ballets nationaux guinéens à la scène mondiale
La diffusion du djembé hors d’Afrique commence dans les années 1950, quand le musicien et chorégraphe guinéen Fodéba Keïta fonde les Ballets africains, une compagnie qui présente les danses et percussions d’Afrique de l’Ouest sur les scènes européennes. Après l’indépendance de la Guinée en 1958, le président Sékou Touré fait des Ballets africains une vitrine culturelle du jeune État, aux côtés d’autres compagnies nationales comme le Ballet Djoliba.
En France, l’un des premiers ambassadeurs directs de l’instrument est le Burkinabè Adama Dramé, né en 1954 à Nouna, qui enseigne le djembé en Europe et en Amérique dès 1979, plusieurs années avant que le mouvement ne s’amplifie. Ses stages et masterclasses forment de nombreux percussionnistes, et ses collaborations avec des musiciens de jazz français comme André Ceccarelli ou Bernard Lubat, ou avec l’ensemble Percussions de Strasbourg, ouvrent tôt le djembé à des scènes qui n’étaient pas les siennes à l’origine.
C’est dans les années 1980 que le djembé conquiert véritablement une audience mondiale, porté par des djembéfolas issus des ballets nationaux guinéens. Mamady Keïta, ancien soliste des Ballets africains puis directeur artistique du Ballet Djoliba, s’installe à son tour en Europe et y forme des générations d’élèves à travers son école, Tam Tam Mandingue, tout en enregistrant de nombreux albums qui font référence dans l’apprentissage du répertoire traditionnel malinké. C’est en grande partie à travers cet enseignement, structuré et transmis hors d’Afrique, que le djembé est devenu l’un des instruments de percussion les plus enseignés dans les écoles de musique et les ateliers associatifs en France.
Où voir et entendre un djembé
En France, le djembé figure presque systématiquement dans les expositions itinérantes d’instruments du monde, où sa forme en calice et son cordage tressé permettent une lecture immédiate, même sans connaissance préalable de l’instrument. Notre panorama des lieux à visiter recense les collections françaises qui présentent des membranophones africains aux côtés d’autres traditions de percussion.
Pour l’entendre, les enregistrements de Mamady Keïta avec son ensemble Sewa Kan restent l’une des portes d’entrée les plus complètes vers le répertoire traditionnel malinké, tout comme ceux d’Adama Dramé, qui a documenté sur disque une bonne partie du répertoire qu’il enseignait en Europe dès la fin des années 1970. Les nombreux ateliers de percussion africaine proposés dans les conservatoires et les associations en France offrent, pour qui veut aller plus loin, un accès direct et physique à l’instrument, souvent plus parlant qu’un enregistrement pour saisir la différence entre les trois sons du djembé.
C’est quoi un djembé ?
Le djembé est un tambour à une seule peau, le plus souvent de chèvre, tendue sur un corps en bois en forme de calice taillé dans un seul tronc. Il se joue à main nue et permet de produire trois sons différents, basse, ton et claqué, selon l’endroit et la manière dont on frappe la peau.
D’où vient le djembé ?
Le djembé est originaire de l’aire de l’empire du Mali, fondé au XIIIe siècle, qui s’étendait sur les actuels Guinée, est du Mali, nord de la Côte d’Ivoire et Burkina Faso. La tradition orale en attribue la fabrication à la caste des forgerons, les numu.
Le djembé est-il un instrument de griot ?
Non. Contrairement à la kora ou au balafon, réservés dans la tradition mandingue aux familles de griots, le djembé peut être joué par n’importe qui, sans restriction de caste ou de lignée, même si sa fabrication reste historiquement associée aux forgerons numu.
Comment fait-on les trois sons du djembé ?
La basse se joue au centre de la peau avec la paume entière, le ton près du bord avec les doigts tendus et joints, et le claqué au bord avec les doigts légèrement écartés dans un geste de rebond rapide qui produit un son sec et aigu.
Qui a fait connaître le djembé hors d’Afrique ?
Le djembé s’est fait connaître en Europe à partir des années 1950 grâce aux Ballets africains fondés par Fodéba Keïta, puis mondialement dans les années 1980 grâce à des djembéfolas comme Mamady Keïta, qui s’est installé en Europe pour y enseigner l’instrument.