Le balafon est un xylophone d’Afrique de l’Ouest dont les lames de bois reposent sur des calebasses qui les amplifient. Son nom vient du malinké bala fo, « faire parler le bala ». On le date du XIVe siècle dans la musique mandingue, mais l’instrument le plus ancien connu, le Sosso Bala, remonterait au XIIIe siècle.
L’essentiel
- Famille : idiophone à lames, cousin africain du xylophone.
- Origine : aire mandingue, actuels Mali, Guinée, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal.
- Construction : lames de bois dur sur un cadre, calebasses résonantes, membrane vibrante en toile d’araignée ou en papier à cigarette.
- Reconnaissance : trois inscriptions distinctes au patrimoine immatériel de l’UNESCO entre 2001 et 2024.
Qu’est-ce qu’un balafon
Un balafon est un idiophone : son corps sonne par lui-même, sans corde ni colonne d’air. Concrètement, une série de lames de bois dur, taillées et accordées, est posée sur un cadre en bois léger, souvent noué avec des lanières de cuir. Sous chaque lame pend une calebasse évidée qui fait caisse de résonance. Le musicien frappe les lames avec deux mailloches, une dans chaque main.
Ce qui distingue le balafon d’un simple xylophone, c’est la petite ouverture percée dans chaque calebasse et couverte d’une fine membrane, un mirliton. Traditionnellement faite de toile d’araignée ou d’aile de chauve-souris, aujourd’hui le plus souvent en papier à cigarette, cette membrane vibre à son tour et ajoute au son du bois ce grain nasillard et bourdonnant qui identifie l’instrument entre tous. C’est ce même principe, décrit dans notre panorama des idiophones, qui explique le timbre si particulier du balafon face à un xylophone occidental à caisse pleine.
Le nombre de calebasses varie donc avec le nombre de lames, et chacune doit être choisie ou retouchée pour correspondre à la fréquence exacte de sa lame : une calebasse trop grande étouffe le son, une trop petite le rend criard. C’est ce réglage fin, invisible au premier regard, qui distingue un instrument bien réglé d’un simple assemblage de bois et de gourdes.
Une origine qui remonte au XIIIe siècle
La tradition orale mandingue situe la naissance de l’instrument dans le royaume Sosso, au XIIe ou XIIIe siècle, sur le territoire de l’actuel Mali. Le balafon le plus ancien attesté, le Sosso Bala, aurait appartenu au roi Soumaoro Kanté, souverain du royaume Sosso au début du XIIIe siècle. Sa défaite face à Soundiata Keïta, fondateur de l’empire du Mali, est l’un des épisodes centraux de l’épopée mandingue de Soundiata, que les griots continuent de chanter en s’accompagnant du balafon.
L’instrument original est conservé à Niagassola, un village situé à la frontière entre le Mali et la Guinée. Il appartient à la famille Diabaté, des griots dépositaires de sa garde depuis des générations : le patriarche de la famille, appelé le balatigui, est le seul autorisé à en jouer, lors d’occasions précises comme le nouvel an musulman ou des funérailles. Le Sosso Bala a été proclamé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2001, la toute première reconnaissance internationale de cette tradition.

Comment un balafon est fabriqué
La fabrication reste largement artisanale, avec des variations selon les régions et les familles de facteurs. Le cadre est en bois léger, noué de lanières de cuir. Les lames, elles, sont le plus souvent taillées dans le vène, un bois dur également appelé guéni ou goni selon les régions. Le facteur ne prélève que le duramen, la partie centrale et la plus dure du tronc, sur des arbres morts depuis plusieurs années : un bois plus jeune ou trop humide ne tiendrait pas l’accord dans la durée.
Une fois dégrossies, les lames sont passées au feu pour en chasser l’humidité résiduelle avant l’accordage final, qui se fait à l’oreille, sans instrument de mesure. Le facteur retire progressivement de la matière sous chaque lame, à l’endroit précis qui abaisse la note sans l’affaiblir : plus l’évidement au centre est profond, plus le son descend. C’est un travail de reprises successives, où l’on frappe, on écoute, on rabote un peu, jusqu’à ce que la lame rejoigne exactement sa place dans la gamme.
Sous chaque lame, une calebasse de taille décroissante sert de résonateur, choisie et parfois modifiée pour accorder sa cavité à la fréquence de la lame qu’elle amplifie. C’est cet accord entre la lame et sa calebasse, plus que la seule qualité du bois, qui donne au balafon sa richesse sonore. Un instrument complet compte le plus souvent entre 16 et 27 lames, rangées par taille et hauteur croissantes, les plus graves étant les plus longues.

Deux formats dominent en Afrique de l’Ouest. Le bala, aux calebasses larges et aux lames généreuses, compte en général 14 à 18 lames et produit un son ample, plus grave. Le balani, littéralement le « petit bala », plus petit, aux lames étroites de 3 à 4 centimètres, en aligne davantage, autour de 21, pour un jeu plus aigu et plus rapide, souvent utilisé en soliste ou en formation légère.
Ce même mot a connu un destin inattendu à Bamako. Depuis la fin des années 1990, les fêtes de rue appelées balani, organisées pour un mariage, un baptême ou un anniversaire, ont vu les balafonistes remplacés par des sonos et des cassettes, moins coûteuses à mobiliser qu’un musicien. De cette substitution est né le balani show, un genre électronique qui boucle et découpe des échantillons de balafon sur des rythmes proches des 170 pulsations par minute : l’instrument acoustique a cédé la place à sa propre empreinte sonore, samplée et amplifiée, mais son timbre reste au centre de la fête.
Le balafon, un instrument de griot
Dans les sociétés mandingues, le balafon n’est pas un instrument que l’on choisit d’apprendre : il appartient au répertoire des jeliw, les griots, dépositaires héréditaires de la parole et de la musique. On naît griot, dans des familles précises, Diabaté, Kouyaté, Kanté, Cissoko parmi d’autres, qui transmettent cet art de père en fils depuis des générations. À côté du balafon, ces familles jouent aussi le luth jeli ngoni et la harpe-luth kora, deux cordophones qui partagent avec lui le répertoire griot.
L’apprentissage commence tôt, souvent dès l’âge de sept ans, par observation puis par imitation directe des aînés plutôt que par une méthode écrite. Le jeune griot absorbe en même temps les gammes de l’instrument et les généalogies, les épopées et les proverbes qu’il devra un jour réciter en s’accompagnant. C’est cette union de la parole et de la musique qui explique la charge émotionnelle particulière du répertoire mandingue, et pourquoi le balafon continue d’y tenir une place à part, bien après l’apparition d’instruments plus récents.
Balafon et xylophone : quelle différence
Organologiquement, le balafon et le xylophone occidental appartiennent à la même famille : ce sont tous deux des idiophones à lames de bois. La différence tient au résonateur et à l’accordage. Le xylophone d’orchestre utilise des tubes métalliques calibrés en usine, accordés sur la gamme tempérée occidentale à douze demi-tons égaux. Le balafon utilise des calebasses naturelles, chacune ajustée à la main, et suit des gammes propres à chaque tradition régionale : pentatonique à cinq notes, heptatonique à sept, ou plus rarement chromatique.
Les balafons des communautés sénoufo, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Burkina Faso, poussent cette logique plus loin encore avec une échelle dite équipentaphonique : cinq degrés répartis à intervalles rigoureusement égaux sur l’octave, une division qui ne correspond à aucune gamme occidentale et qui donne à cette tradition un caractère harmonique immédiatement reconnaissable.
Un patrimoine reconnu trois fois par l’UNESCO
Peu d’instruments de musique cumulent autant de reconnaissances internationales. Après le Sosso Bala en 2001, le balafon des communautés sénoufo de Côte d’Ivoire, du Mali et du Burkina Faso a été inscrit en 2012 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, à la suite d’une candidature conjointe des trois pays.
En décembre 2024, une troisième inscription, plus large, a rapproché le balafon ouest-africain du kolintang indonésien : deux traditions de xylophones en bois, développées indépendamment sur deux continents, mais qui partagent des points communs de matériaux, de facture et de transmission suffisamment frappants pour justifier une candidature commune. Ces trois textes ne se recouvrent pas : le premier protège un objet et sa lignée de gardiens, le second une pratique communautaire précise, le troisième élargit la focale à une famille d’instruments à l’échelle mondiale.
Le jeu se transmet aussi de manière codifiée d’une ethnie à l’autre, et parfois d’une occasion à l’autre au sein d’un même groupe : un mariage, des funérailles ou un rituel agraire n’appellent pas le même balafon ni le même répertoire, et l’ensemble instrumental qui les accompagne reste généralement fixe d’une génération à la suivante. C’est cette codification, plus que la seule virtuosité individuelle, qui a longtemps servi de repère aux ethnomusicologues pour distinguer une tradition régionale d’une autre.
Où voir et entendre un balafon
Le balafon reste un instrument vivant, joué dans les cérémonies, les mariages et par des musiciens professionnels bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest. En France, il apparaît régulièrement dans les expositions itinérantes d’instruments du monde, où il figure presque toujours parmi les pièces manipulables, tant sa mécanique se comprend vite à l’œil et à l’oreille. Notre panorama des lieux à visiter recense les collections françaises où des idiophones de ce type sont exposés à demeure.
Pour qui veut simplement entendre l’instrument, les enregistrements de griots mandingues, notamment autour des lignées Diabaté et Kouyaté, restent la meilleure porte d’entrée : ce sont les mêmes familles, ou leurs héritiers directs, qui font vivre le répertoire depuis des siècles. En festival ou en concert, le balafon accompagne le plus souvent la kora et le chant, rarement seul, ce qui permet d’entendre en une seule soirée l’essentiel du répertoire mandingue.
Sur notre panorama des familles d’instruments, le balafon illustre concrètement ce qui distingue un idiophone d’un cordophone comme la kora ou d’un membranophone comme le djembé, trois instruments souvent joués ensemble mais qui produisent leur son par des mécanismes entièrement différents. Retenir cette distinction suffit, à l’oreille, à reconnaître de quelle famille vient un son avant même d’en voir la source.
Qu’est-ce qu’un balafon ?
Un balafon est un instrument de musique d’Afrique de l’Ouest, de la famille des idiophones à lames. Des lames de bois accordées sont posées sur un cadre, chacune amplifiée par une calebasse résonante percée d’une membrane vibrante. On en joue avec deux mailloches.
Quelle est l’origine du balafon ?
La tradition mandingue situe son apparition dans le royaume Sosso, au Mali actuel, entre le XIIe et le XIIIe siècle. Le plus ancien exemplaire connu, le Sosso Bala, est associé au roi Soumaoro Kanté et conservé depuis des générations par la famille Diabaté, à Niagassola.
Balafon ou balafo, quel est le bon terme ?
Les deux coexistent selon les régions et les langues. « Balafon » vient du malinké bala fo, littéralement « faire parler le bala ». Le mot « bala » seul désigne d’ailleurs le grand format de l’instrument, par opposition au « balani », son format plus petit et plus aigu.
Quelle est la différence entre un balafon et un xylophone ?
Les deux sont des idiophones à lames de bois, mais le xylophone d’orchestre utilise des résonateurs métalliques calibrés et la gamme tempérée occidentale, tandis que le balafon utilise des calebasses naturelles et des gammes propres à chaque tradition régionale, pentatoniques ou heptatoniques selon les cas.
Qui a le droit de jouer du balafon ?
Dans la tradition mandingue, le balafon appartient au répertoire des griots, une caste héréditaire de musiciens et de généalogistes. L’apprentissage se fait par transmission familiale, souvent dès l’enfance, plutôt que par un enseignement ouvert à tous. En dehors de ce cadre traditionnel, l’instrument est aujourd’hui enseigné plus largement, notamment dans les ateliers de découverte et les écoles de musique.