Musée & Musique Instruments du monde

Les familles d’instruments de musique du monde

Il existe des dizaines de milliers d’instruments dans le monde, et à peu près quatre façons de produire un son. C’est cette idée, formulée en 1914 par Erich von Hornbostel et Curt Sachs, qui organise ce magazine et qui organisait déjà les collections d’instruments du monde présentées en France depuis les années 1990.

La classification de Hornbostel-Sachs ne trie pas les instruments par pays, ni par époque, ni par genre musical. Elle les trie par la manière dont ils mettent l’air en mouvement. Un balafon malien se retrouve alors dans la même famille qu’un jeu de cloches suisse, et une kora ouest-africaine dans la même famille qu’un violon d’orchestre. Ce déplacement du regard est ce qui rend une collection d’instruments du monde lisible en dix minutes plutôt qu’en dix ans.

Idiophones : le corps de l’instrument sonne seul

Un idiophone produit son son par la vibration de sa propre matière. Pas de corde tendue, pas de peau, pas de colonne d’air enfermée dans un tuyau. On frappe, on secoue, on frotte ou on pince directement le matériau, et c’est lui qui sonne.

La famille est immense et souvent la plus ancienne d’une collection : lames de bois du balafon et du xylophone, lames de métal de la kalimba et du vibraphone, gongs et cymbales, cloches et clochettes, hochets et maracas, guimbardes, claves, castagnettes. Le facteur travaille ici la densité et la géométrie de la matière plutôt que la tension d’une corde.

Ce qu’on écoute dans un idiophone, c’est presque toujours l’accord entre la lame et son résonateur. Sur un balafon, ce sont des calebasses percées et coiffées d’une fine membrane qui donnent au son son grain vibré caractéristique.

Aérophones : une colonne d’air mise en vibration

Un aérophone fait vibrer de l’air. Le geste change beaucoup d’un instrument à l’autre, mais le principe reste le même : le souffle rencontre une arête, une anche ou les lèvres du musicien, et met en oscillation une colonne d’air dont la longueur détermine la hauteur du son.

On y trouve les flûtes du monde entier, droites, traversières, globulaires ou à encoche, les instruments à anche simple ou double du hautbois à la launeddas sarde, les cornemuses et leurs bourdons continus, les trompes naturelles en corne, en bois ou en métal, et les orgues à bouche d’Asie du Sud-Est. L’orgue d’église appartient à la même famille, avec une soufflerie à la place des poumons.

C’est la famille où la facture est la plus sensible aux matériaux locaux : roseau, bambou, os, corne, terre cuite, bois dur, métal repoussé. Un même principe acoustique donne des timbres radicalement différents selon ce qu’on avait sous la main.

Membranophones : une peau tendue sur une caisse

Un membranophone doit son son à une membrane tendue, généralement une peau animale, aujourd’hui souvent un matériau synthétique. On la frappe à main nue ou avec des mailloches, parfois on la frotte, parfois on chante à travers.

Djembé, dunun, tabla, darbouka, bendir, bodhrán, taiko, timbales d’orchestre, tambours d’eau, tambours à friction, mirlitons : la famille couvre autant de fonctions rituelles que de fonctions de danse. La tension de la peau, son mode de fixation par cordes, par cerclage ou par collage, et le volume de la caisse font tout le caractère de l’instrument.

C’est aussi la famille la plus exposée aux variations d’humidité, ce qui explique les rituels de chauffe qu’on observe avant de jouer dans beaucoup de traditions.

Cordophones : une corde tendue sur un résonateur

Un cordophone met en vibration une ou plusieurs cordes tendues entre deux points fixes, couplées à un résonateur qui rend le son audible. La corde est pincée, frottée par un archet, ou frappée.

Cette famille contient à la fois les instruments savants européens, violon, alto, violoncelle, harpe, clavecin, piano, et l’essentiel des instruments de tradition orale : oud arabe, kora mandingue, sitar indien, luth chinois pipa, vielle à roue, ngoni, charango, guitare sous toutes ses formes. Le piano y figure parce que ses marteaux frappent des cordes, même si son clavier le range aussi du côté des claviers.

La lutherie est ici une affaire de bois : essence, séchage, épaisseur des tables, courbure, barrage interne. C’est le domaine où l’écart entre un instrument d’étude et un instrument d’atelier s’entend le plus vite.

Et les électrophones

Une cinquième famille a été ajoutée après coup au système de Hornbostel-Sachs pour accueillir les instruments dont le son est produit ou transformé électriquement : ondes Martenot, orgue Hammond, synthétiseurs, guitare électrique dès lors qu’on considère l’amplification comme partie de l’instrument. Elle sort du périmètre des collections d’instruments traditionnels, mais elle explique pourquoi les musées de la musique récents lui consacrent une salle.

Ce que vous trouverez dans cette rubrique

Cette page sert de porte d’entrée. Les articles rattachés détaillent chaque famille instrument par instrument, expliquent comment un facteur travaille, et comparent les modèles disponibles quand il s’agit de débuter. Nous précisons systématiquement quand un lien commercial est affilié, et nous ne recommandons jamais un instrument sur la seule foi d’une fiche produit.